The 2nd-Nyeleni-global-forum-declaration
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2024-10-13 SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
La Déclaration du 2e Forum Mondial Nyéléni (février 2015, Mali) est le document fondateur de la convergence globale des mouvements paysans, autochtones et agroécologiques pour la souveraineté alimentaire. Elle rassemble représentants d'organisations qui, collectivement, produisent 70 % de l'alimentation mondiale. Le texte établit clairement que l'agroécologie n'est pas une simple technique agricole, mais un mode de vie politique enraciné dans une relation alternative à la terre et aux commons. Le document énumère trois piliers fondamentaux : les territoires, l'accès collectif aux communs, et les savoirs locaux. Sur le foncier, le texte est sans ambiguïté : les peuples et communautés doivent conserver le droit d'administrer leurs terres selon leurs systèmes coutumiers et d'exercer leur autonomie territoriale. Le texte valorise explicitement les « systèmes coutumiers sophistiqués » de régulation de l'accès aux territoires et positionne l'accès collectif aux communs comme pilier indissociable de l'agroécologie. Cette affirmation intervient dans un contexte de crise multifacette : le système alimentaire industriel (Green Revolution, monocultures, agrochimie, financiarisation) a provoqué crises climatique, alimentaire et écologique. Parallèlement, l'accaparement des terres est identifié comme menace directe aux mouvements locaux, avec mention explicite de la Malien en première ligne de cette prédation foncière contemporaine. L'agroécologie émerge comme réponse politique radicale : elle affirme l'autonomie des communautés face aux marchés globaux, la reconstruction des liens rural-urbain, et le rejet de la marchandisation de la vie. Cependant, le document identifie une menace interne majeure : la co-optation. Gouvernements, universités, corporations, organisations internationales commencent à reconnaître « l'agroécologie » — mais en la réduisant à une boîte à outils pour prolonger le modèle industriel. Sous des noms comme « climate-smart agriculture » ou « intensification écologique », cette fausse agroécologie accepte l'existant et refuse de défier les structures de pouvoir. Le document rejette catégoriquement cette appropriation et s'engage à la combattre. En termes de thématique foncière, ce texte établit un lien crucial : la souveraineté alimentaire agroécologique REPOSE sur le maintien ou la reconstruction des communs fonciers et des droits coutumiers.
En clair
Ce texte rassemble les mouvements paysans, autochtones et ruraux qui disent : l'agroécologie n'existe que si on défend les terres communes et on arrête leur accaparement. C'est un texte de combat qui refuse de laisser les puissants utiliser le mot « agroécologie » pour prolonger l'exploitation.
Extraits
Les droits collectifs et l'accès aux communs sont des piliers fondamentaux de l'Agroécologie.
Les territoires sont un pilier fondamental de l'Agroécologie. Les peuples et les communautés ont le droit de maintenir leurs propres relations spirituelles et matérielles à leurs terres.
Ils ont le droit de sécuriser, de développer, de contrôler et de reconstruire leurs structures sociales coutumières et d'administrer leurs terres et leurs territoires.
Nous exprimons notre solidarité avec nos sœurs et frères maliens qui luttent – sacrifiant parfois leurs vies – pour défendre leurs territoires contre la dernière vague de spoliation de terres.
Nous avons des systèmes coutumiers sophistiqués de régulation d'accès et de prévention des conflits que nous voulons préserver et renforcer.
Nos diverses formes de production alimentaire paysanne basées sur l'Agroécologie génèrent des savoirs locaux, promeuvent la justice sociale, nourrissent l'identité et la culture, et renforcent la viabilité économique des zones rurales.
L'autonomie de l'Agroécologie déplace le contrôle des marchés mondiaux et génère l'autogouvernance par les communautés.
L'Agroécologie signifie que nous nous tenons ensemble dans le cercle de la vie, et cela implique que nous devons également nous tenir ensemble dans le cercle de la lutte contre la spoliation de terres.
Nous rejetons la marchandisation de toutes les formes de vie.
L'Agroécologie dans un cadre de Souveraineté alimentaire nous offre un chemin collectif pour sortir de ces crises.