Carta da Terra
MST Brésil — biblioteca (WP REST API) 2023-05-13 SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
Ce document est une charte collective émanant d'une assemblée populaire au Paraná (Brésil), datée du 11 mai 2023, qui documente et dénonce un conflit foncier de sept décennies. Le conflit débute dans les années 1940 avec l'arrivée de l'Indústria João José Zattar S/A, qui occupe plus de 70 000 hectares pour l'exploitation forestière. À partir de 1970, l'entreprise procède à l'acquisition violente de terres occupées par populations rurales des faxinais (peuples faxinalenses) par contrats imposés, menaces, agressions, incendies et assassinats. La biographie du fondateur Miguel Zattar révèle que l'entreprise détint 7 000 escrituras acquises notamment par grilagem (fraude foncière) : populations analphabètes contraintes de signer des contrats supposant vendre des arbres mais cédant réellement leurs terres. Cette fraude s'étend de 1950 à 1990 et est documentée dans des rapports policiers et programmes gouvernementaux depuis 1993.
Aujourd'hui, le conflit persiste : des dizaines d'actions judiciaires de reintegração de posse restent en cours. Le territoire est peuplé de peuples traditionnels pluriels — faxinalenses, quilombolas, indígenas, posseiros, camponeses sans-terre, caboclos — qui s'organisent collectivement via le Movimento dos Posseiros, le MST et le MPA. Bien que chaque groupe revendique ses droits spécifiques (droits territoriaux, usucapião, réforme agraire), le document affirme que ces voies peuvent converger. La charte propose neuf mesures : créer un groupe de travail interinstitutionnel (INCRA, TJPR, Ministério Público, universités, Terra de Direitos), auditer les chaînes dominiales Zattar, relever la « carte sociale » du territoire et générer un projet de régularisation structurelle garantissant revenu, développement, infrastructure et préservation environnementale. L'horizon politique énoncé est : « Terra repartida, produzindo alimentos e cuidando da natureza » — terre partagée, produisant aliments, entretenant la nature — qui croise souveraineté alimentaire et agroécologie comme finalités de la régularisation collective.
En clair
Ce texte raconte comment une grande entreprise a volé pendant 70 ans les terres de paysans et de peuples traditionnels au Brésil (Paraná), en utilisant la violence et la fraude — et comment aujourd'hui ces peuples s'unissent pour demander au gouvernement de reconnaître leurs droits et partager justement la terre. Pour les gens engagés dans l'agriculture ou la défense des terres, c'est un modèle : il montre comment documenter la fraude historique, s'organiser collectivement avec plusieurs mouvements, et proposer une solution qui reconnaît tout le monde plutôt que de choisir un seul.
Extraits
Le conflit foncier généralisé implanté sur le territoire de la municipalité de Pinhão-PR a commencé à la fin des années 1940, quand les Indústrias João José Zattar S/A sont arrivées sur les lieux, occupant une grande surface (supérieure à 70 000 hectares)
Ce processus constitue une appropriation frauduleuse de terres et a persisté depuis les années 1950 jusqu'à la fin des années 1980
Des recherches extensives et approfondies dans le domaine de l'anthropologie attestent que la région est peuplée par diverses catégories de peuples traditionnels, principalement des faxinalenses, mais aussi des quilombolas et des autochtones
Ces familles rurales historiquement spoliées de leurs droits à la terre, au territoire, à la culture et à une existence digne
Un troisième front de régularisation du territoire comprend les peuples faxinalenses. Et enfin, la région est marquée par la présence de campements du Mouvement des Travailleurs Sans-Terre (MST) et du Mouvement des Petits Agriculteurs (MPA)
Pinhão-PR, où dans une même famille peut exister la reconnaissance comme faxinalense et quilombola, avec une organisation historique autour du mouvement des posseiros et autour du MST
Que l'INCRA, aux côtés du GT, avec le soutien de chercheurs, mette à jour la carte sociale du complexe Zattar, en identifiant les différentes formes d'occupation du territoire, en présentant un projet structurel de régularisation
Terre partagée, produisant des aliments et prenant soin de la nature !!
Au vu de ce qui précède, après des décennies de conflit, d'exploitation et d'expropriation, les peuples traditionnels et Sans-Terre qui occupent le vaste territoire s'unissent dans l'intention de trouver des solutions possibles