Les Bure à cuire n°1

Infokiosques.net — Paysannerie & ruralité SCORE 7/10

Document original ↗

Synopsis

Ce document est un témoignage d'un participant à l'occupation du bois Lejuc, près de Bure (Meuse), pendant l'été 2016, contre le projet Cigeo (enfouissement de déchets radioactifs). Il documente comment une action de résistance se transforme en expérience de création collective et d'autogestion.

Le 19 juin, des centaines d'opposants investissent la forêt, découpent les barbelés, construisent des barricades et édifient « la Salamandre », grand préau en bois servant de cantine collective. Environ quarante personnes décident de rester pour la première nuit. Des cabanes surgissent (« la Gaie Pierre », « la Hutte des Classes »), des agriculteurs fournissent de la paille, des soutiens apportent nourriture et matériaux. Les occupants s'organisent en assemblées générales, cuisinent ensemble, dorment sur place, créent des lieux de vie avec chacun son atmosphère propre.

Ce qui rend cette occupation politiquement significative, selon le narrateur, c'est qu'elle « fait voler en éclat la séparation » entre lutte et vie ordinaire. « La lutte devient du quotidien, tu manges sur place, tu dors sur les barricades, tu cuisines dans la forêt. » Ce n'est pas un militantisme ponctuel mais une expérience existentielle de rupture avec l'ordre établi.

L'occupation crée aussi une relation transformée au territoire : plutôt que de rechercher l'efficacité instrumentale, les occupants circulent dans la forêt, découvrent des sentiers, se relient à l'environnement. Le narrateur rapproche cette expérience des « lignes d'erre » de Fernand Deligny, qui opposent l'« agir » (geste sans finalité, enraciné dans la sensation) au « faire » capitaliste (action instrumentale, productiviste).

L'occupation est présentée comme une réappropriation collective face à ce qu'un appel dénomme : le « vol du territoire par les mains voraces de l'industrie nucléaire ». C'est une critique pratique de l'annexion étatique/industrielle de la terre et une affirmation du droit collectif à l'espace et au territoire.

Le texte note aussi une tension interne : entre la détermination à « prendre le bois » et « en découdre » si nécessaire, et une attention à la « bienveillance » envers ceux qui préféraient des formes « plus pacifiques et légalistes ». L'occupation parvient à créer un espace pluriel.

Ce témoignage montre comment les luttes territoriales ne sont pas seulement du blocage défensif : elles deviennent des laboratoires d'expérimentation politique, d'habitation collective et d'autogestion, des espaces où se construisent des rapports alternatifs à la terre et au commun.

En clair

Pendant l'été 2016, des centaines de personnes ont occupé une forêt près de Bure pour bloquer un projet de stockage de déchets nucléaires. Cet homme raconte comment, pendant cette occupation, ils ont construit des cabanes, mangé ensemble, s'organisé en assemblée – créant une façon de vivre collective qui échappait au système habituel. C'est utile pour comprendre que les luttes pour la terre ne sont pas juste du refus : c'est aussi créer d'autres mondes possibles, même temporaires.

Extraits

C'est une pratique qui fait voler en éclat la séparation. Il n'y a plus d'un côté la lutte ou la vie, le militantisme forcément ponctuel et la vie ordinaire. La lutte devient du quotidien, tu manges sur place, tu dors sur les barricades, tu cuisines dans la forêt. Les gestes simples se chargent d'un sens politique.

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quelques piquets avec une bâche tendue se transformaient en habitat, on dormait sur la paille donnée par un agriculteur

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Voir ces deux lieux – la Maison de la résistance et l'ancienne gare de Luméville – habités par des collectifs autonomes au cœur du désert nucléaire, ça m'a impressionné.

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