Communs fonciers en conflit au Mexique: les ejidos dans l'économie mondialisée
HAL — communs fonciers SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
Cet article de Kelly Redouté (2025) analyse les ejidos mexicains comme régime de propriété collective issu de la réforme agraire post-révolutionnaire (1915-1917) et leur évolution face aux mutations de l'économie mondialisée. Les ejidos se composent de trois espaces : une zone urbaine, des zones de culture généralement individualisées, et des zones communes (forêts, pâturages). Historiquement, les ejidatarios — paysans recrutés parmi les sans-terre — bénéficiaient d'un statut conditionné à des obligations (vivre au village, travailler la terre). La dimension collective ne se limitait pas aux zones officiellement communes : la pratique révélait des « propriétés simultanées » où des ressources (vaine pâture, bois morts) restaient accessibles à l'ensemble de la communauté selon des règles locales. La rupture majeure intervient en 1992, lors de la réforme de l'article 27 de la Constitution, qui autorise la parcellisation formelle (y compris des communs), le cadastrage, la fin des obligations et la privatisation : chaque ejidatario peut désormais posséder sa parcelle de façon inconditionnée et définitive, et même la vendre. Cette réforme s'inscrit dans un tournant néolibéral plus large : fin de l'interventionnisme d'État, ouverture commerciale (ALENA 1992), encouragement des cultures d'exportation. Paradoxalement, les transformations des ejidos ont commencé avant 1992 — ventes illégales mais courantes, relâchement des obligations. Les mutations du régime collectif, accélérées par la libéralisation économique et la mondialisation, ont provoqué « de nombreux conflits » dans les ejidos et les villages. L'auteure critique les débats scientifiques post-1992 qui se sont concentrés sur l'avenir de l'ejido comme institution plutôt que sur celui des communs spécifiquement.
En clair
Au Mexique, après la révolution, on a donné la terre aux paysans sans-terre en créant les ejidos — des terres collectives où les gens cultivaient ensemble et partageaient les ressources. Depuis 1992, la loi permet de vendre et privatiser ces terres, ce qui crée énormément de conflits parce que les gens perdent leur statut collectif et leurs droits d'accès.
Extraits
Ces ejidos comprennent des communs, qui ont joué un rôle majeur dans la reproduction sociale paysanne tout au long du XXe siècle.
En 1992, un changement légal a marqué la fin de la réforme agraire, tout en autorisant l'individualisation et la privatisation formelle de la terre.
la mondialisation intensifie la concurrence entre les territoires, ce qui conduit à convertir la terre en marchandise, et à affaiblir les régimes collectifs hérités des réformes agraires.
Dans d'autres régions, les populations dépendent encore de l'agriculture de subsistance, principalement la culture du maïs et du haricot.
Les droits des ejidatarios étaient accompagnés d'obligations vis-à-vis de leurs familles, de l'ejido, mais aussi de la société villageoise.
Cela leur conférait un statut de communs de village, en référence aux ressources régulées par des règles établies par une communauté d'usagers (Ostrom, 2015).
sur les espaces de culture individualisés, on retrouve souvent des ressources communes, telles que les résidus de culture accessibles à la vaine pâture, ou les bois morts.
Elle supprime en outre pratiquement l'ensemble des obligations associées aux droits des ejidatarios : dorénavant, un ejidatario peut posséder sa parcelle de manière inconditionnée.
La réforme de 1992 ouvre la voie au démantèlement des ejidos, promettant ainsi de stimuler le marché foncier et les investissements.
Ces transformations, avant et après 1992, ont engendré de nombreux conflits dans les ejidos et les villages.