Communs fonciers en conflit au Mexique: les ejidos dans l'économie mondialisée
HAL — communs fonciers SCORE 8/10
Document original ↗Synopsis
Cet article de Kelly Redouté analyse les ejidos mexicains, un régime de propriété foncière collective issu de la réforme agraire post-révolutionnaire (1910–1920), face aux transformations induites par la mondialisation néolibérale. Les ejidos, inscrits dans la Constitution de 1917, représentent une tentative inédite de redistribution des terres vers les paysans sans terre, fonctionnant non seulement comme des entités foncières mais aussi comme des gouvernements locaux chargés de médiation sociale et de gestion territoriale.
Le système ejidal repose fondamentalement sur une logique de fonction sociale : reconnaître des droits aux paysans dépourvus de terres, assortis d'obligations (résidence, travail personnel, participation collective). La structure territoriale combine trois zones : l'espace urbain, les zones de culture (généralement individualisées) et les zones de possession commune (forêts, pâturages, maquis). Au-delà du cadre légal, la pratique révèle des « propriétés simultanées » où des ressources communes (résidus de culture, vaine pâture, bois morts) demeurent accessibles à l'ensemble de la population, acquérant le statut de « communs de village » régulés par la communauté d'usagers.
Le cœur du problème réside dans la tension entre ce régime collectif et les chocs de 1992 : l'arrêt légal de la réforme agraire et l'autorisation de privatisation formelle des terres d'un côté, la signature de l'ALENA et l'ouverture de la concurrence agricole nord-américaine de l'autre. Ces réformes s'inscrivent dans un tournant néolibéral plus large articulant libéralisation politique et économique selon les principes du consensus de Washington. La mondialisation intensifie la concurrence territoriale, convertissant la terre en marchandise et affaiblissant les dispositifs locaux de régulation foncière (droit coutumier, régimes collectifs).
Les trajectoires régionales deviennent inégales : certains États optent pour l'industrialisation (maquiladoras) et la périurbanisation, tandis que d'autres demeurent dépendants d'une agriculture de subsistance (maïs, haricot) et de revenus migratoires (remesas). Face à ces transformations, les ejidos ont muté, particulièrement concernant leurs communs, provoquant de nombreux conflits que le document propose d'analyser. Le texte offre une généalogie rigoureuse des communs fonciers mexicains et des enjeux contemporains de leur maintien face à l'enclosure et la marchandisation de la terre.
En clair
Les ejidos mexicains sont des terres collectives nées de la révolution de 1910. Cet article montre comment la mondialisation et les réformes néolibérales des années 1990 ont fragilisé ce modèle de propriété collective, et ce qui reste à défendre.