EN AICCFM 14 March
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2019-03-19 SCORE 8/10
Document original ↗Synopsis
Le 14 mars à New Delhi, l'All India Coordination Committee of Farmers' Movement (AICCFM) — regroupant les principales unions paysannes indiennes (Bhartiya Kisan Union, Karnataka Rajya Raitha Sangha, Tamilaga Vivasaiyagl Sangham et organisations adivasi) — a présenté aux partis politiques un programme de 18 points pour l'élection générale. Ce programme répond à une crise agraire catastrophique : plus de 300 000 paysans se sont suicidés en Inde en une décennie, tandis que les petits et moyens paysans sont contraints d'abandonner l'agriculture pour devenir ouvriers ou migrants urbains.
Le programme articule six axes majeurs : (1) viabilité économique de la paysannerie vivrière via un prix minimum garanti basé sur la formule Swaminathan (coût de production + 50 % profit), achat garanti à 100 % de la production, assurance rénovée et revenus complémentaires ; (2) annulation inconditionnelle de tous les crédits agricoles (80 % proviennent de banques nationalisées) et réforme de la loi d'acquisition de terres avec compensation équitable et interdiction d'expulsion ; (3) protection absolue des peuples autochtones et forest dwellers, reconnus comme « propriétaires originels », avec application effective de la Forest Rights Act ; (4) souveraineté alimentaire : sortie de l'agriculture de l'OMC, refus des traités de libre-échange (RCEP) qui sacrifient les paysans locaux, arrêt des importations de produits agricoles « dumping » ; (5) infrastructure rurale et protection écologique (électricité gratuite d'irrigation, exemption de GST des équipements agricoles) ; (6) reconnaissance institutionnelle de la crise (session extraordinaire du Parlement, réparation pour les familles de suicides paysans, intégration du programme MGNREGA avec l'agriculture).
Ce document constitue une prise de parole politique brute de mouvements paysans majeurs du Global South. Il articule paysannerie familiale, sans-terre, accès à la terre, droits autochtones, et critique de l'intégration à l'ordre commercial mondialisé. Non pas une théorisation alternative des communs, mais une stratégie d'action politique concrète : exiger que l'État garantisse la viabilité de la petite paysannerie par des mécanismes institutionnels de redistribution et de protection contre le marché mondial.
En clair
Ce texte montre comment les grands mouvements paysans indiens demandent à l'État de garantir que les paysans puissent rester sur la terre sans être ruinés par les dettes, les prix trop bas et les acquisitions forcées. Très concrètement : prix justes garantis, annulation des dettes, arrêt des expulsions, respect des droits des autochtones, et refus des traités commerciaux qui sacrifient l'agriculture locale à la concurrence mondiale.
Extraits
Annulation inconditionnelle de tous les types de prêts de tous les agriculteurs, y compris les fermiers. Près de 80 pour cent des prêts aux agriculteurs proviennent des banques nationalisées.
Les petits et micro-agriculteurs devraient également recevoir une pension d'au moins Rs 5 000 par mois après l'âge de 60 ans.
Selon les dossiers officiels, au cours des 10 dernières années, plus de trois cent mille agriculteurs se sont suicidés.
La crise agraire s'intensifie chaque jour, en raison de laquelle les petits et moyens agriculteurs sont forcés d'abandonner l'agriculture et de devenir des travailleurs ou de migrer vers les villes.
Tous les peuples autochtones et les habitants des forêts qui sont les propriétaires originels et dépendent des forêts et des zones montagneuses pour leur culture de vie et leurs moyens de subsistance doivent être protégés et aucune expulsion ne devrait avoir lieu sous aucun prétexte.
L'agriculture doit rester en dehors de l'OMC. Aucune négociation ne devrait être menée sur l'agriculture dans les accords de libre-échange, y compris les négociations actuelles du RCEP.
L'importation de produits agricoles qui sont déversés dans le pays doit être arrêtée. Sous le couvert d'un accord de libre-échange asiatique, certaines nations exportent de tels articles qu'elles ne produisent pas.
La Loi de 2013 sur le droit à une juste compensation et la transparence dans l'acquisition de terres, la réhabilitation et le réinstallation devrait être mise en œuvre dans tous les États. L'acquisition de terres devrait devenir un sujet central plutôt qu'un sujet d'État.
Le prix juste et rémunérateur doit être décidé sur la base de la formule C2 recommandée par le rapport du Comité du Dr. Swaminathan, donnant un bénéfice de 50 % à ajouter au coût de production.