Commons, co-ops, and corporations: assembling Indonesia’s twenty-first century land reform

discovery_promoted 2021-07-22 SCORE 9/10

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Synopsis

Tania Murray Li examine comment la réforme agraire se « constitue » en Indonésie au 21e siècle, en contraste saisissant avec le 20e siècle. Là où les réformes du siècle précédent — en Chine, Vietnam, Japon, Corée, Taïwan — étaient distributives, forcées, et transformatrices (redistribuant millions de parcelles aux paysans pauvres), la version actuelle promue par la Banque mondiale et autres agences transnationales s'inscrit dans un « néolibéralisme progressiste ». Elle abandonne toute perspective révolutionnaire au profit d'une approche technocratique : titrage foncier, légalité marchande, dialogue multi-acteurs, promesses de gains mutuels. L'autrice identifie trois éléments centraux de cette assemblée contemporaine : les titres communaux (souvent attachés à la reconnaissance de territoires autochtones), les coopératives présentées comme une « troisième voie » d'amélioration de la productivité rurale sans redistribution, et le rôle des corporations censées réformer les rapports fonciers en acquérant les terres « responsablement ». Li mobilise l'analyse des assemblages (au sens foucaldien) pour déplier comment des éléments hétérogènes — acteurs transnationaux, agences gouvernementales, ONG, peuples autochtones et paysans — sont alignés et rendus cohérents. Or elle soulève une tension majeure : les solutions technocratiques (processus administratifs transparents, auto-régulation volontaire des corporations, mécanismes de résolution de conflits) sont grotesquement inadéquates aux problèmes réels (accaparement des terres, despotisme des élites locales, avidité des transnationales). Le contexte indonésien est particulièrement aigu : le hiatus de 50 ans en réforme agraire (depuis la loi de 1960) s'explique par l'absence de mouvements de masse transformateurs, écrasés lors du massacre de 1965-66. Le texte s'inscrit donc dans une généalogie critique du néolibéralisme progressiste où la rhétorique progressiste masque la dépolitisation des luttes foncières.

En clair

La Banque mondiale parle de « justice » et de « communauté » dans sa réforme agraire, mais c'est du maquillage : elle veut juste mettre des titres et des labels « responsables » sur des terres qui ne changeront pas vraiment de mains. Ce texte aide à voir comment les mots progressistes peuvent être des armes pour arrêter les vraies luttes pour la terre.

Extraits

Dans la version du 21e siècle de la réforme agraire promue par la Banque mondiale et autres agences transnationales, il ne doit y avoir ni révolution, ni recours à la force, ni transformation sociale.

p. 2

Un rôle proéminent pour les titres de propriété collective, souvent attachés à la reconnaissance des territoires autochtones et l'atténuation du changement climatique ; l'accent sur les coopératives comme solutions de « troisième voie ».

p. 3

Le problème de l'inégalité criante dans l'accès à la terre est mis de côté au profit de la certitude juridique, du dialogue multi-parties prenantes, du pluralisme culturel et des promesses de gagnant-gagnant.

p. 3

Pour le problème de l'accaparement des terres, la réponse est des processus administratifs transparents et consultatifs.

p. 5

Le mot kolektif apparaît 14 fois, komunal 10 fois, et bersama (ensemble, conjointement) 65 fois.

p. 7

Les acteurs impliqués dans la réforme agraire contemporaine de l'Indonésie sont bien plus diversifiés que la triade propriétaire/cultivateur/État des versions du 20e siècle.

p. 6
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