VC-human rights report 2005-e
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2005-05-31 SCORE 8/10
Document original ↗Synopsis
Ce rapport de Via Campesina (2005), préparé en collaboration avec FIAN International, documente les violations systématiques des droits humains des paysans dans le contexte de la libéralisation économique mondiale. L'introduction, signée par Henry Saragih (coordinateur international de Via Campesina), pose un diagnostic fondateur : il n'existe aucun instrument légal international reconnaissant les droits des paysans, d'où la nécessité de documenter les violations pour les rendre visibles et accuser les violateurs.
Le rapport établit une généalogie de l'expropriation paysanne : les institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale, Banque asiatique de développement) forcent les pays du Sud à accepter des prêts liés à l'ouverture des marchés. Cela bénéficie directement aux transnationales (TNCs) qui accaparent les terres, imposent des semences génétiquement modifiées pour contrôler la production alimentaire, et transforment les paysans en travailleurs salariés précaires. Les régimes commerciaux mondialisés (notamment l'OMC) institutionnalisent cette expropriation en plaçant « la terre, la semence et l'eau sous le contrôle privé ».
Face à cela, le rapport redéfinit les droits humains du point de vue paysan : il ne s'agit pas seulement d'« éviter les conflits », mais de « réaliser les droits paysans où les paysans peuvent contrôler leurs ressources agraires — terre, eau, semences, accès à l'éducation, au logement, à l'information et aux services de santé ». Cela inclut le droit de déterminer les marchés et les prix équitables garantissant la durabilité de la production.
Le cas du Bangladesh illustre cette dynamique concrètement : 2500 sans-terre, organisés par la Fédération des paysans du Bangladesh (BFK) et l'Assemblée paysanne du Bangladesh (BKS), occupent une terre ferroviaire abandonnée depuis 1947. Cette occupation reconnaît le droit fondamental à l'alimentation et au logement garanti par la constitution bangladaise. Pour ce seul acte, 36 occupants sont criminalisés (dont 18 femmes leaders), et doivent comparaître mensuellement en justice. Le rapport expose ainsi la machine répressive d'État : les droits humains formels deviennent des armes contre ceux qui les exercent.
En clair
Ce texte raconte comment les paysans sans terre au Bangladesh occupent une terre abandonnée pour nourrir leurs familles — et comment le gouvernement les arrête pour cela, malgré sa propre loi qui dit qu'ils ont le droit à manger et à avoir un logement. Le vrai coupable : les banques mondiales et grandes entreprises qui imposent des politiques qui volent la terre aux paysans, puis les États punissent ceux qui essaient de la reprendre.
Extraits
À l'heure actuelle, il n'existe aucun instrument ou convention qui traite du droit des paysans. Nous avons travaillé pendant trois ans pour inciter l'ONU à reconnaître nos droits en tant que paysans.
Dans ce processus, les terres ont été prises par les TNC et les paysans ne peuvent plus travailler sur leurs terres mais sont forcés d'abandonner la production paysanne et de devenir des travailleurs salariés, dépendant des TNC.
Il y a eu des milliers de cas où des paysans ont été expulsés de leurs terres fertiles pour laisser place à la construction de grands barrages.
L'OMC veut que les terres, les semences et l'eau soient sous contrôle privé. Les personnes sans les moyens d'accéder à ces ressources ne peuvent pas construire et maintenir leurs moyens de subsistance, tombent dans la pauvreté et peuvent mourir.
2500 hommes et femmes sans terres ont pris position sur les terres ferroviaires abandonnées par le régime britannique en 1947 à Bhurungamari Upzilla.
Le droit à l'alimentation et le droit au logement sont des droits humains fondamentaux. Ceux-ci sont en parfait accord avec l'article 15(a) de la constitution du Bangladesh.
Au cours de la lutte, 10 hommes et femmes sans terres ont été grièvement blessés et un total de 8 poursuites criminelles ont été engagées contre des centaines de dirigeants sans terres, hommes et femmes.