La Via Campesina's Open Book: Celebrating 20 Years of Struggle and Hope
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2013-06-07 SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
Ce chapitre de Peter Rosset et Maria Elena Martinez-Torres analyse comment les mouvements paysans mondiaux, menés par La Via Campesina, adoptent l'agroécologie comme stratégie centrale de contestation des espaces ruraux disputés. Le texte s'inscrit dans un contexte de néolibéralisme généralisé et de financiarisation accélérée des terres du Sud global : après les crises financières des années 2000, le capital spéculatif se redéploie massivement en quête de nouvelles opportunités d'investissement, générant une vague historique d'« accaparement des terres » (land grabbing) par le biais de plantations monoculturales, d'extraction minière et de projets d'agrocarburants.
Face à cette marchandisation du foncier, La Via Campesina (qui regroupe au moins 200 millions de familles) organise la riposte autour de la notion de « re-paysannisation » — un processus politique de transformation des espaces ruraux en « territoires paysans ». Le cœur théorique repose sur la distinction de Bernardo Mançano Fernandes entre territoires « matériels » (terres, sols, eau, biodiversité) et « immatériels » (idées, paradigmes, pouvoir de définir les concepts). Cette distinction révèle que la lutte pour la terre est simultanément une bataille idéologique.
L'agribusiness et ses appareils idéologiques (Banque mondiale, think tanks, universités élites, médias) imposent un cadrage fondé sur l'« efficacité », la « productivité », les « économies d'échelle » et la « libéralisation du commerce ». En réponse, les mouvements paysans articulent un contre-cadrage articulé autour de l'agroécologie : alimentation saine, enracinement local, intendance environnementale, préservation des cultures paysannes et résilience climatique.
Deux visions irréconciliables s'affrontent. L'agriculture paysanne repose sur des circuits courts et décentralisés de production-consommation, ancrés aux écosystèmes et sociétés locales. L'agribusiness impose un modèle centralisé : extraction standardisée, décontextualisation des lieux, séparation en temps et espace de la production et consommation, régimes alimentaires corporatifs intégrés verticalement (le « Corporate Food System »). L'originalité de l'article est de montrer que l'agroécologie n'est pas qu'un ensemble de techniques durables — c'est une arme politico-stratégique permettant aux mouvements paysans de repolitiser le territoire, d'affirmer leur autonomie et de construire une souveraineté alimentaire paysanne.
En clair
Voilà comment ça marche : les petits paysans et leurs organisations mondiales comme Via Campesina utilisent l'agroécologie (cultiver bio, local, diversifié) non seulement comme une meilleure façon de produire de la nourriture, mais comme une arme politique pour dire « notre façon de cultiver nourrit le monde mieux que les énormes plantations industrielles et ça respecte la terre ». La bataille n'est donc pas juste pour qui possède la terre — c'est aussi pour le droit de décider comment on la cultive, comment on se nourrit, et d'où vient notre alimentation.
Extraits
Ces intérêts corporatistes, aidés par les politiques économiques néolibérales et les lois, ont généré le problème croissant de l'« accaparement des terres » dans de nombreux pays du Sud
L'agriculture paysanne suit un modèle généralement basé sur des circuits courts et décentralisés de production et de consommation, avec des liens forts entre la production alimentaire et les écosystèmes et sociétés locales et régionales. L'agro-industrie, en revanche, suit un modèle centralisé basé sur les producteurs corporatifs d'intrants, les transformateurs et les sociétés commerciales
L'agro-industrie et les mouvements sociaux ruraux tentent tous deux de re-territorialiser les espaces, c'est-à-dire de les reconfigurer pour favoriser leurs propres intérêts, qu'il s'agisse de l'extraction maximale de profits ou de la défense et de la construction de communautés
Un aspect clé est que nous parlons non seulement d'une bataille pour la terre en soi, mais aussi très largement d'une bataille sur les idées
Le différend sur les territoires matériels renvoie à la lutte pour accéder, contrôler, utiliser et façonner, ou configurer, la terre et le territoire physique composés de communautés, d'infrastructures, de sols, d'eaux, de biodiversité, d'air, de montagnes, de vallées, de plaines, de fleuves et de côtes
il n'y a pas de territoires matériels qui ne soient pas associés à des territoires immatériels. Par conséquent, le différend sur les territoires réels et tangibles et les ressources qu'ils contiennent va nécessairement de pair avec le différend sur les territoires immatériels, ou l'espace de l'idéologie et des idées
En même temps, ils formulent une critique de l'agro-industrie et de l'agriculture industrielle pour la production d'aliments malsains et la génération des inégalités, de gaz à effet de serre, de la faim, de la dévastation environnementale, de la contamination par les OGM, de l'empoisonnement par les pesticides, de la destruction et de la perte des cultures et moyens de subsistance ruraux
Les différends territoriaux se déroulent dans toutes les dimensions possibles : économique, sociale, politique, culturelle, théorique et idéologique