Systèmes d'acteurs, freins et voies d'accès à la terre : l'agriculture locale martiniquaise, entre cadre foncier formel et pratiques socio-spatiales
HAL — paysannerie / agriculture vivrière SCORE 8/10
Document original ↗Synopsis
Ce mémoire de Master 2 (Mathieu Diseur, 2025) offre une analyse rigoureuse des obstacles et des trajectoires d'accès à la terre en Martinique, en contexte de souveraineté alimentaire. L'auteur cartographie les frictions entre le cadre foncier formel (État, DAAF, CTM, communes, SAFER, EPF, CETAF/CDPENAF, PLU) et les pratiques socio-spatiales concrètes de l'agriculture vivrière. Fondée sur 34 entretiens, l'étude révèle un système d'acteurs fragmenté et identifie quatre familles de tensions majeures : structurelles (indivision successorale, marché étroit, contraintes environnementales), institutionnelles (chevauchements administratifs, portage foncier limité, décalages entre prescriptions et réalités locales), sociales (renouvellement générationnel, inégalités d'accès) et mémorielles (héritages coloniaux, terre comme enjeu de réparation historique). Le mémoire documenté montre que le parcours d'accès à la terre — de l'identification d'une parcelle à la mise en culture, en passant par la sécurisation juridique (bail rural, BEA) — reste rarement linéaire. Des intermédiaires (Chambre d'agriculture, organisations, formation) et des contournements (RSMA, AFP–CODEM, programme 'Formés sans terre') pallient les défaillances institutionnelles, mais sans garantir des droits durables. L'apport principal est un diagnostic étayé combinant analyse multiniveaux et grille d'acteurs, ouvrant des pistes concrètes de recherche-action (suivi longitudinal des trajectoires, comparaison d'instruments fonciers, qualification des surfaces réellement mobilisables). Cette recherche demeure ancrée dans une perspective géographique critique attentive aux rapports de pouvoir territorialisés, plutôt que de réduire l'accès à la terre à un problème technique.
En clair
En Martinique, pour cultiver et se nourrir soi-même, les paysans et paysannes doivent affronter à la fois les lois officielles (qui ne marchent pas vraiment) et l'héritage du colonialisme — des terres souvent partagées en indivision par héritage, sans papiers clairs, difficiles à faire reconnaître officiellement. Ce mémoire montre comment ils s'arrangent avec des intermédiaires et des contournements, mais sans jamais être vraiment sûrs d'avoir le droit de cultiver durablement.
Extraits
Le parcours type — de l'identification d'une parcelle à la décision de projet, puis à la sécurisation juridique (bail rural ou BEA) et à la mise en culture — est rarement linéaire.
Des intermédiaires (Chambre d'agriculture, organisations, formation) et des contournements (RSMA, AFP–CODEM, Formés sans terre) « raccordent » les étapes, sans garantir des droits durables.
Quatre familles de tensions : structurelles (indivision, marché étroit, contraintes environnementales), institutionnelles (chevauchements, portage EPF limité, avis/PLU décalés, données fragmentées), sociales (renouvellement, inégalités d'accès) et mémorielles (héritages coloniaux, terre-réparation).