Les communaux en Europe occidentale: approche historique
HAL — communs fonciers SCORE 8/10
Document original ↗Synopsis
Le document de Nadine Vivier propose une histoire longue des communaux en Europe occidentale du XVIIIe au XIXe siècle, période cruciale pour comprendre les enjeux fonciers contemporains. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les « communaux » (terres communes, prés, forêts) constituaient un régime foncier majeur, loin de l'idée caricaturale d'un libre accès : ils obéissaient à des règles précises de gestion collective, adaptées à chaque région. Le document identifie trois régimes principaux : la propriété éminente au seigneur (Bretagne, Prusse, Angleterre), la propriété collective paroissiale (Nord de la France, Italie), ou l'accès réservé aux propriétaires locaux et familles notables (Alsace, Lombardie, Auvergne). Ces communaux servaient au pâturage, à la collecte de ressources (bois, tourbe, roseaux), et leur exploitation respectait un équilibre avec la préservation — une forme ancienne de « gestion durable ». Dès les années 1750, une critique systématique émerge : agronomes influencés par les enclosures anglaises, économistes (physiocrates, caméralistes, ilustrados), et juristes voient dans les usages collectifs un obstacle à la « modernisation » agricole et au marché foncier. Le vocabulaire dominant se cristallise autour de l'idée que les communaux seraient « mal entretenus » et « non productifs » — accusation que le texte interroge. La Révolution française amplifie ces tendances : vagues d'édits et lois de partage (1793, 1800) visent systématiquement à convertir la propriété collective en propriété privée marchande. Bonaparte interdit d'abord en France mais accélère en Europe occupée. Après 1815, la privatisation se généralise : Angleterre (1801), Espagne (1855), États scandinaves, Italie, Prusse, Suisse — démantèlement systématique d'un régime d'usage collectif. Une tension centrale traverse le texte : les habitants et municipalités souhaiten préserver les communaux, les gérer durablement et les transmettre, tandis que les États favorisent la mise en valeur productive et commerciale. Les forêts communales subissent une tutelle accrue via les codes forestiers. Ce texte fournit ainsi un diagnostic génétique du problème foncier moderne européen : la destruction progressive des régimes collectifs d'accès et la leur remplacement par la propriété privée marchande.
En clair
Avant 1750, les villages européens gérait ensemble leurs terres communes (prés, forêts) avec des règles précises. Entre 1750 et 1850, les gouvernants et les économistes ont forcément divisé ces terres en parcelles privées, en prétextant la modernisation agricole — ce qui a enrichi les propriétaires et appauvri les paysans sans terre. Ce texte raconte comment s'est fait ce vol légal des communs.
Extraits
Contrairement à une idée fausse répandue au XXe siècle, les communaux n'appartenaient pas à tous et n'étaient pas laissés en accès libre ; bien au contraire, leur gestion suivait des règles.
Au milieu du XVIIIe siècle, les détracteurs des communs leur accolèrent une image de terres mal entretenues, non productives.
les agronomes étaient persuadés que les usages collectifs (communaux et vaine pâture) constituaient le principal obstacle à la modernisation de l'agriculture.
Les idées de liberté, économique et sociale, triomphaient, ce que Marc Bloch a qualifié d'individualisme agraire par opposition au vieux communisme agraire.
Pour éviter que les pauvres n'affluent en ville, les communaux devaient être attribués en parts égales par ménage et en jouissance viagère : la propriété restait à la communauté.
Les volontés de partage des propriétés collectives se répandirent largement, aussi bien chez les propriétaires que chez les pauvres.
leurs habitants estimaient pouvoir gérer au mieux leurs terres, les préserver pour les transmettre à la génération future
ces quelques exemples prouvent la diversité des usages tout autant que leur point commun : une gestion bien définie, avec accès gratuit quoique non égalitaire