Entretien avec une militante antispéciste anarchiste brésilienne — version cahier
Infokiosques.net — Paysannerie & ruralité 2021 SCORE 4/10
Document original ↗Synopsis
Cet entretien avec Sandra, militante antispéciste et anarchiste brésilienne, expose l'émergence politique du « véganisme populaire » brésilien comme articulation entre émancipation animale et réforme agraire. Après 15 ans d'engagement végane et une dépolitisation du mouvement antispéciste dans les années 2000, Sandra et l'UVA (Union Végane d'Activisme) ont rejeté le véganisme mainstream occidental (lifestyle bourgeois, ONG déconnectées) pour construire un mouvement ancré dans les luttes paysannes du MST (Mouvement des Sans Terres). Le contexte brésilien est crucial : concentration extrême des terres (50 % appartiennent à moins de 1 % des propriétaires), héritage non-réformé de la colonisation, et domination de l'agrobusiness (le « lobby BBB » : Bétail, Balles, Bible). Sandra expose l'exemple des assentamentos (communautés paysannes issus d'occupations), où des populations reconstituent l'écosystème via l'agroécologie — « planter de l'eau » en replantant la forêt (mataciviale) qui restaure rivières et sols. Elle lie explicitement antispécisme et libération foncière : impossible de concevoir une antispécisme brésilienne sans réforme agraire populaire. Sandra conclut que la révolution antispéciste viendra du Brésil, seul endroit où elle observe l'articulation entre véganisme, peuples indigènes, paysans sans terre et peuple noir — un potentiel révolutionnaire situé et intersectionnel.
En clair
Au Brésil, le mouvement des paysans sans terre (MST) et les militants véganes découvrent qu'ils combattent le même ennemi : l'agro-industrie qui affame le peuple et massacre les animaux. En occupant les terres et les cultivant en agroécologie, ils restaurent les rivières, nourrissent les pauvres, et refusent d'exploiter. Un modèle de lutte intégrée que Sandra voit comme révolutionnaire.
Extraits
« et comme ça personne ne pleure plus, personne ne vole le pain de personne, le sol où il y avait du boeuf, maintenant il a des haricots et du riz »
Y'a eu 21 morts, une soixantaine de blessé.es. Les personnes ont été tuées avec des balles tirées sur la nuque ou sur le front : c'était des exécutions, c'était pas un hasard.
Quand les sans-terres sont arrivé.es, iels ont replanté la forêt. Y'a ce qu'on appelle la mataciviale, c'est la forêt qui héberge la rivière : une fois qu'on a planté ça, petit à petit, l'eau revient.
La révolution antispéciste viendra du Brésil, parce que les enjeux de l'exploitation animale et de colonisation là-bas sont tellement évidents et tellement énormes.
Au Brésil, il n'y a pas eu de réforme agraire depuis la colonisation : il y a d'énormes parcelles, transmises de façon héréditaire.
Le Brésil fait 16,5 fois la France, et 50 % des terres appartiennent à moins d'1 % des propriétaires terriens.
Ensuite, il faudrait faire chuter l'agrobusiness, qui est le lobby le plus puissant au gouvernement.
Et enfin je dirais : agroécologie partout. L'agroécologie, c'est incroyable, l'agroforesterie aussi, j'ai visité des assentamentos du MST et presque tous font de l'agroécolgie.