Bulletin Nyéléni n° 13 – Souveraineté Alimentaire
Nyéléni — documents finaux 2015-05-18 Adobe PDF Library 9.9 SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
Ce bulletin de la Nyéléni (n° 13, mars 2013) est une publication clé du mouvement international pour la souveraineté alimentaire, coordonnée par Focus on the Global South et une vingtaine d'organisations (La Via Campesina, FIAN, GRAIN, Marcha Mundial de las Mujeres, etc.). Le texte retrace l'histoire du concept de souveraineté alimentaire depuis sa présentation par La Via Campesina au Sommet mondial de l'alimentation en 1996. Il distingue explicitement la souveraineté alimentaire de la simple sécurité alimentaire : la première interroge les conditions et la provenance des aliments, promeut les systèmes alimentaires locaux, régionaux et équitables, tandis que la seconde tolère des chaînes d'approvisionnement polluantes, exploitantes et destructrices pour les petits agriculteurs, pourvu que les calories arrivent. La Déclaration de Nyéléni (2007) définit la souveraineté alimentaire comme le droit des peuples à l'alimentation saine et culturellement adaptée, produite de manière écologiquement durable, et comme le droit à l'autodétermination en matière d'agriculture et de nutrition. Elle place au centre les producteurs, les distributeurs et les consommateurs, en opposition aux intérêts des marchés globalisés et des multinationales. Le concept intègre aussi l'égalité de genre, les droits des peuples autochtones, la protection sociale et la justice climatique. Le document fournit ensuite un cas concret : la lutte des petits agriculteurs paysans colombiens pour construire des marchés fermiers à Bogota, face à un gouvernement hostile depuis les années 1940 (répression paramilitaire, propagande anticommuniste qui stigmatisait les campesinos comme « subversifs »). En 2005, quand le maire tentait de centraliser la distribution via des « nœuds » favorisant les grandes exploitations et les supermarchés, une coalition rural-urbaine a imposé des marchés fermiers par la pression publique. Contre les préjugés des autorités (crainte de « bidonvilles »), les paysans se sont avérés bien organisés. Le succès reposait sur des principes politiques clairs : vendre directement sans intermédiaires, pratiquer des prix sous les supermarchés mais profitables pour les producteurs, et transformer l'image des paysans de « subversifs » en celle de producteurs de qualité et de confiance. En 2010, quelque 2 500 familles paysannes généraient 2 millions de dollars annuels par ces seuls marchés. Ce cas incarné montre comment la souveraineté alimentaire n'est pas une théorie abstraite mais une pratique enracinée dans les luttes concrètes pour l'accès aux marchés, la dignité économique et la reconnaissance politique des producteurs paysans face aux politiques néolibérales.
En clair
Ce bulletin montre comment des paysans organisés réussissent à nourrir les villes en restant maîtres de leurs prix et de leur dignité, en vendant directement aux acheteurs sans passer par les supermarchés. C'est une recette : organisation collective, marchés de proximité, prix justes, reconnaissance politique — même face à des gouvernements qui ne les aiment pas.
Extraits
La souveraineté alimentaire se distingue de la sécurité alimentaire tant dans son approche que dans sa politique. La sécurité alimentaire ne met pas l'accent sur l'origine, les conditions de production et le commerce des aliments.
La souveraineté alimentaire, en revanche, souligne les modes de production écologiquement adaptés, la distribution et la consommation, la justice socio-économique et les systèmes alimentaires régionaux comme stratégies pour réduire la faim et la pauvreté.
Elle promeut le contrôle communal des ressources, les réformes agraires et les droits fonciers pour les petits agriculteurs, l'agroécologie, la biodiversité, le savoir local, les droits des paysans, des femmes et des populations autochtones.
C'est à la fois un espace de résistance contre le néolibéralisme, le marché libre, le commerce et les investissements destructeurs, et aussi un espace pour construire des systèmes alimentaires et économiques démocratiques avec un avenir juste et durable.
L'un des objectifs était d'avoir des marchés dans des quartiers peuplés d'habitants de toutes les couches sociales et de toujours s'entendre sur des prix qui, bien qu'inférieurs à ceux du supermarché, restaient profitables pour les petits agriculteurs. Cela a été possible grâce à la commercialisation directe sans intermédiaires.
Un autre objectif était de transformer la stigmatisation des petits agriculteurs en tant qu'« insurrectionnistes » par les citadins en reconnaissance en tant que producteurs de biens sains, abordables et dignes de confiance.
En 2010, environ 2500 familles de petits agriculteurs généraient environ 2 millions de dollars américains par an.