Survivance coloniale et gestes de résistance en Martinique. Autour d'un film de Florence Lazar

HAL — paysannerie / agriculture vivrière 2026-10-07 SCORE 9/10

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Synopsis

Ce texte analyse l'occupation de terres en Martinique en 1983 par Véronique Montjean et une douzaine d'agriculteurs, événement clé des luttes pour l'accès à la terre en contexte post-colonial. La Martinique, colonie française devenue département en 1946, voit 80 % de ses terres consacrées à la monoculture intensive de la banane et la canne à sucre destinées à l'Hexagone. Cette répartition inégale s'aggrave avec l'utilisation du chlordécone (1972-1993), pesticide hautement toxique qui contamine les sols et écarte les petits producteurs locaux d'une agriculture vivrière autonome. Le 18 juin 1983, les agriculteurs, formés à la question foncière, occupent plusieurs dizaines d'hectares en friche de la propriété Providence pour y pratiquer une agriculture diversifiée (légumes-racines, dachines, patates douces) destinée à nourrir l'île. Bien qu'illégale de fait, cette occupation est revendiquée comme moyen d'accéder aux droits fonciers—une distinction cruciale : les occupants ne visent pas une appropriation exclusive mais un droit d'usage et de travail de la terre. Le mouvement s'étend et touche 5 % des terres de l'île, mais demeure peu visible. Le texte compare deux manières de transmettre cette mémoire : un article académique (Christine Chivallon, 2004, insistant sur la transmission par les gestes) et un film documentaire (Florence Lazar, 2019, « Tu crois que la terre est chose morte »), qui filme Véronique Montjean au travail. Cette dernière approche, par sa durée et ses longs plans, donne forme esthétique à la connaissance sensible de l'agricultrice et relance l'imaginaire politique. Le contexte théorique mobilisé est celui du « plantationocène »—concept d'Anna Tsing et Donna Haraway appliqué à la Caraïbe par Malcolm Ferdinand—qui désigne comment l'habiter colonial a transformé les terres en « puzzles d'usines et de plantations », créant une uniformisation écologique, culturelle et politique. Cette lutte incarne ainsi un geste de décolonisation par la terre et la souveraineté alimentaire.

En clair

En 1983, des paysans martiniquais occupent des terres abandonnées pour y cultiver de la nourriture pour l'île, au lieu de servir la monoculture coloniale (banane, sucre). Quarante ans après, un film revient sur cette lutte oubliée, montrant qu'on peut reconquérir l'accès à la terre en contexte post-colonial.

Extraits

Feren okypé. Nou le te pou travay (« Terrain occupé. Nous voulons la terre pour travailler »)

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Ils appliquent la rotation des cultures sur de petites parcelles et bannissent le chlordécone, ce puissant pesticide utilisé entre 1972 et 1993

p. 2

Il existe donc un fort contraste « entre la plantation, écosystème hyper homogène, et l'exploitation paysanne, écosystème diversifié où foisonnent espèces et variétés »

p. 3

l'habiter colonial, [qui] outre le génocide des peuples indigènes et les destructions d'écosystèmes, a transformé les terres en puzzles d'usines et de plantations

p. 3

« Si l'occupation est de fait illégale, elle est cependant utilisée par les agriculteurs comme un moyen d'accéder à une appropriation légale de la terre. Elle n'est pas atteinte aux droits fonciers mais revendication d'accès aux droits fonciers »

p. 3

« La chimie des maîtres désigne cette configuration de l'habiter colonial où la condition toxique est à la fois la conséquence de l'exploitation capitaliste... et la cause qui renforce la domination »

p. 3

la résistance de quelques agriculteurs, ethno-pharmacologues, associations de protection de l'environnement contre la monoculture intensive et la pollution

p. 2

« En transformant ces îles en plantations, cet habiter colonial y a enfermé les Antillais et leurs futurs »

p. 3
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