Lutte contre les sfratti à Turin
Infokiosques.net — Squat (rapport à l'habiter) 2011 SCORE 8/10
Document original ↗Synopsis
Ce document constitue une analyse militante de la lutte contre les expulsions (sfratti) à Turin entre 2012 et 2013, doublée d'une critique du rôle de la Compagnia di San Paolo dans le gouvernement urbain et le contrôle social des populations pauvres. Le texte débute par un tract documentant la montée des sfratti (plus de 2 000 expulsions annuelles) et l'émergence d'une riposte collective : les piquets anti-sfratti. Cette tactique vieille de quarante ans consiste à mobiliser massivement voisins et solidaires pour barricader les maisons lors des tentatives d'expulsion, forçant propriétaires et police à reculer. Entre juin et septembre 2012, les autorités ont tenté de concentrer les expulsions (18 septembre, avec mobilisation de 100 policiers) pour disperser la résistance, mais cette stratégie a échoué face aux barricades collectives. Le document analyse ensuite le rôle de la Compagnia di San Paolo — fondation bancaire contrôlant Intesa-San Paolo — comme acteur clé de la transformation urbaine via ses organismes instrumentaux (Ufficio Pio, SiTi, HuGef, Mario Boella). La fondation opère simultanement comme agent de gentrification (construction de gratte-ciel, restructuration de gares) et de paternalisme-contrôle (social housing aux allures progressistes, servant à segmenter et surveiller les populations précaires). Le texte dénonce un mécanisme d'« inclusion sélective » : les cadres et fonctionnaires occupent les nouveaux quartiers tandis que les populations vulnérables (mères célibataires, demandeurs d'asile, ex-détenus) sont confinées dans des logements de social housing contrôlés par la fondation. L'habitat devient un instrument de gouvernement urbain, de segmentation de classe et de répression douce. Les piquets représentent une réappropriation temporaire du droit à l'habitat face à la marchandisation.
En clair
Quand le propriétaire et la police viennent expulser une famille, les voisins font barricade avec des poubelles et des chaînes pour bloquer l'arrivée des huissiers — et ça marche, l'expulsion est reportée. Cela montre qu'ensemble, on peut refuser le droit de propriété privée sur le logement, et que vivre dans des quartiers gérés par des fondations bancaires, c'est un instrument de contrôle des pauvres.
Extraits
Plutôt que de subir passivement et en silence toujours plus de familles sous sfrato ont décidé de s'opposer, appelant amis, parents, et solidaires pour résister ensemble.
Bacs à ordures et chaînes pour bloquer les rues, banderoles, tracts et mégaphones pour expliquer aux passants ce qui se passe, fumigènes et pétards pour éloigner la police.
Toutes les familles qui avaient décidé de résister ont obtenu un renvoi de deux ou trois mois. La police a réussi à expulser seulement des maisons vides ou des familles qui avaient décidé de tout lâcher.
Démasquer l'exploiteur qui se cache derrière le visage « humain » et idéologique.