Grève des loyers Sonacotra 1973-1981
Infokiosques.net — Squat (rapport à l'habiter) 1981 SCORE 4/10
Document original ↗Synopsis
Cette brochure retrace la grève des loyers menée par les résidents immigrés des foyers Sonacotra entre 1975 et 1981, un mouvement autonome relativement méconnu des luttes d'immigration. Les foyers Sonacotra, créés à partir de 1956 par un organisme semi-public pour héberger les travailleurs immigrés algériens, fonctionnent comme des instruments de contrôle et de ségrégation hérités de la domination coloniale. Gérés par des militaires à la retraite ayant combattu en Algérie, les foyers incarnent le « foyer-prison » : lieu d'enfermement, de division des travailleurs, et d'extraction de loyers élevés financant un modèle déficitaire. À partir de septembre 1975, une grève des loyers autonome se déclenche, organisée par les résidents eux-mêmes autour d'un Comité de coordination. Le mouvement monte en puissance avec 20 000 à 30 000 grévistes en 1978 et environ 100 foyers mobilisés. Les résidents luttent contre les augmentations de loyers, la gestion paternaliste, et l'arbitraire des gérants. Le document souligne l'importance politique de cette lutte autonome, indépendante des organisations politiques traditionnelles, et inscrit la lutte pour le logement dans une critique révolutionnaire de la propriété privée. Pour les auteurs, « lutter pour le logement, c'est faire vaciller la propriété en actes » — par les grèves de loyers, les occupations, et la revendication d'un droit d'usage alternatif (« on va se servir »). Cette lutte est présentée comme exemplaire des mobilisations d'habitants cherchant dignité et autonomie face aux structures de contrôle et d'exploitation.
En clair
De 1975 à 1981, les résidents immigrés des foyers Sonacotra ont mené une grève des loyers autonome et massive pour résister à des loyers élevés et à une gestion autoritaire héritée de la domination coloniale. Ce mouvement, organisé directement par les résidents sans l'appui des partis politiques traditionnels, représente une lutte politique importante pour la dignité et le logement des travailleurs immigrés.
Extraits
Les ouvriers immigrés sont obligés de vivre dans les foyers (…). Ailleurs c'est interdit pour eux ou c'est trop cher. Le système des foyers prisons, c'est fait pour emprisonner les ouvriers immigrés, c'est fait pour les mettre à part, pour les diviser d'avec les ouvriers français.
Lutter pour le logement, c'est faire vaciller la propriété en actes, rendre ce concept complètement caduc. C'est dire : 'on va se servir' ou encore 'il veulent nous expulser ? On va les exproprier'.
On invite à se renseigner, à sortir du silence et à entretenir une mémoire collective autour des luttes du logement.
Contre le « foyer-prison », les augmentations de loyers, et la gestion paternaliste des « gérants », c'est bien une lutte pour une vie meilleure, menée dans et contre le dispositif du foyer lui-même.
Lutter pour le logement est donc nécessaire dans une perspective révolutionnaire. Cette lutte attaque directement la propriété et s'inscrit dans une lutte des classes entre exploités et exploiteurs.
Marquée par l'héritage colonial, la Sonacotra va connaître au milieu des années 1970 un important mouvement de contestation mené par les résidents eux-mêmes.
Le logement, à l'inverse du travail (qu'on veut abolir), est une condition commune aux précaires et une aspiration collective.
La grève des loyers dans les foyers Sonacotra menée par les immigrés organisés autour du « Comité de coordination » nous éclaire sur notre histoire sociale, notamment sur celle des luttes de l'immigration.
Les gérants sont, dans leur grande majorité, des militaires à la retraite ayant combattu en Algérie.