Tanzania landgrabs SW 03

La Vía Campesina — publications (WP REST) 2024-02-01 Adobe PDF Library 9.9 SCORE 9/10

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Synopsis

La Tanzanie est devenue, depuis 2008, un site stratégique d'accaparement foncier destiné à l'agriculture commerciale d'exportation. Le gouvernement a successivement mis en place trois programmes majeurs (Kilimo Kwanza, SAGCOT, Big Results Now) censés moderniser l'agriculture, créer des emplois et assurer la sécurité alimentaire — promesses systématiquement déçues. Le cas paradigmatique de Kilombero Plantation Limited illustre ce fiasco : malgré les centaines de millions d'investissements, l'entreprise s'est effondrée, laissant derrière elle des terres confisquées et des paysans affectés. Plutôt que de corriger le tir, le gouvernement actuel (Samia Suluhu Hassan, depuis 2021) a accéléré le processus via le programme « Building a Better Tomorrow » (BBT). Ce programme fonctionne comme une nouvelle forme de dépossession déguisée : il prétend allouer des petites parcelles (1-10 hectares) à des jeunes et des femmes, mais en réalité les enferme dans des contrats de travail agricole dépendants, sous le contrôle total de grandes entreprises qui fournissent les intrants, achètent toute la récolte et conservent une option de 99 ans sur les terres. Les jeunes agriculteurs ne reçoivent que des droits d'usage de 33-66 ans, sans pouvoir négocier les termes du contrat. Le gouvernement aurait identifié 690 000 hectares pour ce système, mais sans transparence sur leur localisation ou consultation des communautés. Un cas exemplaire : 120 000 hectares dans les régions de Katavi et Tabora, où le magnat Mohammed Dewji s'approprie 50 000 hectares tandis que les 70 000 hectares restants sont subdivisés en block farms pour le programme. Les promesses du BBT se sont avérées creuses : début 2024, un jeune participant a dénoncé sur les réseaux l'absence de terre allouée, d'infrastructure d'irrigation et de sécurité foncière réelle. Enjeu central : la Tanzanie transfère systématiquement les terres paysannes (autrefois régies par des droits coutumiers et l'usage collectif) vers un régime de concessions privées pour l'exportation, sous couvert de modernisation et d'inclusion.

En clair

La Tanzanie donne ses plus belles terres agricoles à des grosses entreprises (dont des oligarques locaux) qui produisent pour l'export, en faisant croire aux jeunes chômeurs qu'ils deviendront paysans indépendants alors qu'ils resteront des ouvriers agricoles sans droit de propriété. C'est une machine d'accaparement des terres paysannes, maquillée en programme de formation pour la jeunesse, qui détruit l'agriculture locale et la souveraineté alimentaire au profit d'une élite.

Extraits

De nombreux projets de ce type ont échoué et se sont effondrés peu de temps après leur lancement, causant une catastrophe pour les petits agriculteurs

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Transformer des centaines de milliers d'hectares de terre en grandes fermes, où les grandes entreprises produiront des cultures à exporter à l'étranger, et non à produire pour l'alimentation interne

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Des millions de dollars publics ont été alloués et mis dans le budget d'irrigation pour la grande agriculture commerciale

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Les familles rurales sont ignorées et maltraitées. En juillet 2023, le Président Samia a annoncé que les 52 000 jeunes qui avaient demandé à rejoindre l'armée cette année-là seraient enrôlés dans le programme BBT

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Les agriculteurs du BBT reçoivent des baux de 33 à 66 ans, et bien qu'ils puissent transférer ces baux à quelqu'un d'autre, ils ne peuvent pas modifier les termes de leur contrat. Ainsi, ils seront sous le contrôle de l'entreprise

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Beaucoup de jeunes qui ont été sélectionnés pour ce projet ne sont pas de cette région et ont peu d'expérience ou n'ont aucune expérience en agriculture

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