Pour un veganisme populaire et décolonial — version cahier — modifié

Infokiosques.net — Paysannerie & ruralité 2021 SCORE 6/10

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Synopsis

Cet entretien avec Sandra, militante antispéciste, anarchiste et écologiste brésilienne, offre un témoignage situé sur la transformation du mouvement végane au Brésil et son articulation politique avec la lutte pour la réforme agraire menée par le MST (Mouvement des Sans Terres). Sandra retrace comment le véganisme, dépolitisé et bougeoisifié au Nord (ONG, superfoods importés), s'est redéfini au Brésil comme « véganisme populaire » — un mouvement porté par le peuple, inspiré de la stratégie du MST. Le cœur thématique porte sur la réforme agraire : absence historique de redistribution foncière depuis la colonisation, concentration extrême (50 % des terres au Brésil appartiennent à moins de 1 % de propriétaires), et stratégie légale d'occupation et de rachat via l'INCRA (agence d'État). Sandra relate le fonctionnement des assentamentos — terres redistribuées à des collectifs de paysans sans-terre après occupation. Un exemple clé : un assentamento du sud de Bahia, planté en agroécologie, qui a restauré une rivière asséchée par 20 ans de techniques agroécologiques (« planter de l'eau »). L'analyse s'ancre dans une articulation matérialiste : l'exploitation animale est un pilier du capitalisme; une société antispéciste brésilienne ne peut advenir sans réforme agraire et destruction du lobby agroalimentaire (le « lobby BBB » : Bétail, Balles, Bible). Sandra défend une approche « décoloniale » et « populaire » — critique du véganisme occidental imposé, alliance avec paysans, peuples autochtones, mouvements noirs. Le texte suggère que le potentiel révolutionnaire antispéciste viendra du Brésil précisément parce qu'y convergent luttes de décolonisation, de terre, d'écologie et d'émancipation animale.

En clair

Au Brésil, le mouvement paysan MST occupe des terres improductives concentrées aux mains de propriétaires, puis les récupère via l'État pour les redistribuer à des familles paysannes qui les cultivent en agroécologie. C'est une stratégie concrète pour donner la terre à ceux qui la travaillent et sortir de l'agriculture industrielle destructrice. Le texte montre aussi qu'on ne peut pas séparer la lutte pour la libération animale de la lutte pour la terre : une société juste passe d'abord par une réforme agraire.

Extraits

Carajàs, au Pará, un État du Nord, au début des années 90, y'a eu un massacre dans un campement de sans-terres, où le propriétaire a payé des personnes pour tirer sur eux. Y'a eu 21 morts, une soixantaine de blessés.

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Au Brésil, il n'y a pas eu de réforme agraire depuis la colonisation : il y a d'énormes parcelles, transmises de façon héréditaire.

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Le Brésil fait 16,5 fois la France, et 50 % des terres appartiennent à moins d'1 % des propriétaires terriens

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On ne peut pas imaginer une société antispéciste brésilienne sans passer par la réforme agraire populaire

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Le mouvement végane au Brésil a commencé à devenir un mouvement social : à partir du moment où on s'est aussi posé.es comme anticapitalistes, parce que l'exploitation animale est aussi un des piliers du capitalisme

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Les trois lobbies les plus puissants au gouvernement, et qui sont toujours ensemble, on les appelle « le lobby BBB » : le Bétail (l'agrobusiness, et surtout l'élevage), les Balles (l'armée), et la Bible (les évangélistes)

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On a inventé le terme « véganisme populaire » au Brésil parce qu'on ne se sentait pas du tout représenté.es par le véganisme mainstream

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Une loi, qui date de la nouvelle constitution de 1988, après la fin de la dictature qui a duré de 1964 à 1985, dit que la terre a une fonction sociale : la terre qui ne produit pas ne remplit pas sa fonction sociale, le gouvernement peut alors l'acheter

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