EN_Official-Letter_AHTEG-FR3_IPC
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2020-08-17 SCORE 7/10
Document original ↗Synopsis
Cette lettre officielle de l'IPC (International Planning Committee for Food Sovereignty) adressée aux autorités de l'ITPGRFA réagit à la tenue virtuelle du 3e AHTEG-FR (Ad-Hoc Technical Expert Group on Farmers' Rights) en août 2020, en pleine pandémie de COVID-19. Les organisations de paysans, peuples autochtones et travailleurs agricoles signataires défendent une thèse centrale : alors que les systèmes alimentaires paysans ont démontré leur résilience face à la crise globale, contrairement aux chaînes d'approvisionnement mondialisées, les institutions multilatérales échouent à garantir la protection effective des droits reconnus formellement par l'ITPGRFA, l'UNDRIP et l'UNDROP.
Le document expose les obstacles structurels à la participation réelle des paysans aux négociations multilatérales. Au-delà du texte procédural, il soulève une critique fondamentale : le format virtuel renforce l'exclusion des droits-titulaires. Les auteurs dénoncent l'absence d'accès à Internet en zones rurales, l'instabilité des connexions, les décalages horaires incompatibles avec les réalités paysannes, mais aussi et surtout les risques de sécurité numérique pour les organisations opérant en contextes d'oppression gouvernementale. Implicitement, la lettre critique l'inadaptabilité des institutions internationales aux réalités concrètes des luttes paysannes et autochtones.
Le document revendique que les paysans et peuples autochtones, en tant que droits-titulaires du traité, doivent participer de façon effective et non symbolique aux décisions qui les concernent. Les demandes concrètes — interprétation simultanée en toutes langues onusiennes, traduction complète des documents, contributions écrites possibles, garanties de sécurité des données — visent à corriger les inégalités d'accès et à restaurer la confiance des communautés envers le système multilatéral. Au cœur : la tension entre reconnaissance formelle des droits paysans et autochtones d'un côté, et absence de transformation réelle des structures et modalités de gouvernance globale de l'autre.
En clair
Pendant le COVID, les paysans du monde entier ont dit à l'ONU : « Vous reconnaissez enfin nos droits sur papier, mais vos réunions par écran nous excluent davantage — on n'a pas Internet, on a peur des gouvernements, et vos outils numériques ne changent rien à nos vrais problèmes. » C'est un cri : tant que vous ne changez pas comment vous travaillez, reconnaître nos droits ne vaut rien.
Extraits
Les systèmes alimentaires paysans localisés et durables qui reposent sur des systèmes de production agroécologiques et biodiversifiés, les savoirs traditionnels et les innovations, ainsi que les marchés territoriaux constituent la réponse à la crise actuelle.
L'agriculture paysanne et les systèmes alimentaires locaux ont prouvé leur résilience dans le contexte d'une crise énorme et profonde comme celle causée par la COVID-19.
Les droits des agriculteurs sur les semences, tels qu'inscrits dans le ITPGRFA, la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) ainsi que la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant en zone rurale (UNDROP).
La crise actuelle a montré que les institutions et les instruments de gouvernance internationale n'ont pas été en mesure d'assurer la protection des droits des personnes et des peuples ruraux.
Dans de nombreuses régions du monde, les personnes rurales et les peuples autochtones n'ont pas accès à Internet ou doivent quitter leurs foyers et leurs communautés pour obtenir cet accès.
De nombreuses organisations représentant les petits agriculteurs, familiaux et autochtones opèrent dans des contextes d'oppression, sous le regard vigilant des États et d'autres acteurs.
Nous, en tant que représentants des agriculteurs à l'AHTEG-FR, représentons les détenteurs de droits du Traité dont les voix doivent être prises en compte.
Les petits producteurs alimentaires et leurs réseaux de distribution locaux ont fourni de la nourriture à la population, prévenant ainsi une crise alimentaire et de la faim encore plus profonde.
Ceux-ci dépendent du respect complet, de la protection et de la réalisation des droits des paysans, des peuples autochtones et des autres personnes rurales, y compris nos droits sur les semences et la biodiversité.
Notre principal travail se déroule dans nos champs et dans nos communautés, avec de vraies personnes, des plantes et des animaux.