Comunicado-Conjunto-SolidaridadEn
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2020-09-18 SCORE 6/10
Document original ↗Synopsis
Ce document est le rapport d'une mission humanitaire (juillet 2020) menée par un collectif colombien d'organisations sociales, religieuses et juridiques dans les zones paysannes du sud de Meta et du nord de Guaviare. Il documente les violences systémiques infligées aux communautés paysannes et aux petits agriculteurs, particulièrement ceux impliqués dans le processus de réintégration après les accords de paix de 2016.
Le rapport dénonce un contraste frappant : l'État colombien poursuit brutalement l'éradication forcée des cultures vivrières (cassava, maïs, plantain, canne à sucre) et l'agriculture de subsistence, tandis qu'il tolère l'extractivisme à grande échelle — exploitation minière, énergétique et forestière — sur des superficies bien supérieures aux unités agricoles familiales. Les forces gouvernementales ont systématiquement détruit les récoltes, incendié les maisons, harcelé les familles paysannes et les leaders communautaires.
Un élément central concerne la dispossession juridique des terres. Le rapport dénonce l'usage de la "judicialization and extinction of property rights" comme stratégie pour déposséder les paysans et désarticuler leurs organisations. Pendant des décennies, ces paysans ont occupé, travaillé et protégé ces terres ; l'État transforme désormais cette présence en prétexte d'expulsion — au profit des concessions d'extraction.
Le document met en avant le non-respect systématique des engagements envers les paysans. Le PNIS (Programme d'Intégration Nationale pour la Substitution des Cultures Illicites) promettait une substitution de cultures avec soutien gouvernemental ; les paysans ont volontairement accepté l'éradication, mais l'État a failli à l'immense majorité de ses engagements. Les PDET (Plans de Développement Territorial) restent largement inappliqués. Cette trahison des promesses de paix alimente un cycle de violence, peur et incertitude intergénérationnelle.
Au-delà des violences visibles (destructions, menaces, surveillance, mines antipersonnel), le texte souligne une violence institutionnelle profonde : remplacement de l'État de droit par la force brute, stigmatisation des paysans comme "ennemis", répression des journalistes communautaires, abus sexuels de la part des forces de sécurité.
Le rapport est aussi un appel international. Il demande à la communauté mondiale de tenir les gouvernements et entreprises étrangères responsables du respect des droits humains et environnementaux, reconnaissant que les projets d'extraction et la consommation de cocaïne sont des responsabilités partagées globalement.
En clair
Ce texte dénonce comment l'État colombien chasse les paysans de leurs terres en utilisant l'armée et les tribunaux, pendant qu'il autorise les grandes mines et projets énergétiques à s'en emparer. Les paysans qui font du simple jardinage pour manger sont traités comme des ennemis, tandis que les gros extractivistes opèrent librement.
Il montre aussi que l'État rompt ses promesses de paix : il demandait aux paysans d'arrêter la culture de coca en échange d'aide, ils ont accepté, mais l'État n'a rien tenu.
Extraits
Sur les fermes paysannes, nous avons vu des cultures de subsistance telles que le manioc, la banane plantain, le maïs, la canne à sucre et les arbres fruitiers détruits et déracinés
En même temps, le gouvernement permet la coupe rase des forêts et l'élevage extensif de bovins sur des milliers d'hectares. Cela a perturbé les écosystèmes
Nous avons entendu parler de la judiciarisation et de l'extinction des droits de propriété comme stratégie pour déposséder et intimider les paysans
Nous avons entendu dire que les zones de projets miniers et énergétiques couvrent de vastes étendues de terres plusieurs fois plus grandes que l'Unité d'Agriculture Familiale
Nous avons appris l'histoire de la colonisation dirigée par l'État de la région dans les années 1970, amenant des gens de différentes régions du pays pour 'civiliser' ces territoires
les communautés paysannes sont dépossédées de leurs terres par la judiciarisation ou la négation de leurs droits sur les terres qu'elles occupent depuis de nombreuses années
La plupart des paysans inclus dans le PNIS ont volontairement éradiqué leurs cultures, mais le gouvernement n'a pleinement suivi que très peu de ses engagements
Nous avons ressenti la douleur des communautés paysannes pour leur terre natale quand elles voient l'armée piétiner leur honneur et les traiter comme des ennemis