Peasant and farmer organisations in Europe and South America come together against the EU-MERCOSUR Free Trade Agreement
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2023-01-30 SCORE 8/10
Document original ↗Synopsis
La Via Campesina et plus d'une centaine d'organisations paysannes d'Europe et d'Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay, Colombie, Pérou, Espagne, France, Belgique, Allemagne, Suisse, etc.) publient une déclaration commune d'opposition à l'accord commercial EU-MERCOSUR. Leur critique s'articule autour d'une thèse centrale : cet accord repose sur un paradigme commercial qui traite les produits agricoles comme des marchandises ordinaires, au détriment des droits humains, de la crise climatique, de la biodiversité et, surtout, de la souveraineté alimentaire.
Les organisations soulignent que le régime de libre-échange international a systématiquement subordonné les intérêts des petits producteurs alimentaires à ceux des grandes corporations agroalimentaires. Les prix sont artificiellement déconnectés des coûts réels de production locale, tandis que les paysans sont mis en concurrence malgré des conditions de production radicalement différentes (climat, normes sanitaires, coûts du travail, accès à la terre et aux outils). Au cœur du texte : la « commodification de la terre, de l'eau et des semences », qui entraîne l'appauvrissement systématique des populations rurales.
Les signataires dénoncent l'absence totale de référence à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant en zone rurale (UNDROP) dans l'accord projeté. Ils s'opposent aussi au greenwashing gouvernemental : les États prétendent que l'accord « contient des dispositions de durabilité » quand en réalité il renforce le pouvoir des corporations et ignore les engagements climatiques de Paris. L'accord accélère la disparition des petits et moyens producteurs, qui fuient les campagnes vers des emplois urbains précaires. Alors qu'en Europe les agriculteurs représentent moins de 5 % de l'emploi, en Mercosur les populations rurales sont déjà parmi les plus marginalisées.
Face à cet accord, les organisations proposent un renversement paradigmatique : remplacer le libre-échange commercial par un cadre fondé sur la souveraineté alimentaire. Les accords de coopération bilatéraux devraient placer au cœur les droits humains et les droits des producteurs (UNDROP), favoriser la production alimentaire locale et l'agroécologie, arrêter l'expansion du pouvoir corporatif, et donner la priorité aux petits et moyens producteurs.
Ce texte articule une critique matérialiste de la commodification de la terre et des semences, mettant en avant la souveraineté alimentaire paysanne, l'agroécologie, et les droits collectifs des producteurs. Bien qu'il ne théorise pas explicitement les « communs fonciers » ou la « propriété d'usage », il adresse la question politique centrale : qui contrôle la terre, l'eau, les semences et l'alimentation ?
En clair
Des paysans d'Europe et d'Amérique du Sud disent non à un accord commercial qui transforme la nourriture en marchandise et renforce les géantes corporations agroalimentaires au détriment des petits paysans. Ils demandent à la place que chaque région se nourrisse elle-même, avec des méthodes écologiques et en respectant les droits des paysans à vivre de leur terre.
Extraits
La marchandisation des terres, de l'eau et des semences conduit à l'appauvrissement des populations rurales.
Les intérêts de l'agro-industrie capitaliste ont été systématiquement placés avant les intérêts des petits producteurs alimentaires et des ouvriers agricoles.
Nos droits, reconnus dans la Déclaration des Nations unies relative aux droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales, sont structurellement violés par ce régime international de libre-échange.
D'un point de vue système alimentaire durable, ceci est en totale contradiction avec tous les engagements de nos gouvernements dans l'Accord de Paris sur le climat.
On nous met en concurrence les uns avec les autres, malgré le fait que nos conditions de production varient considérablement d'un pays à l'autre.
En tant que La Via Campesina, nous exigeons un nouveau cadre international pour le commerce international basé sur la souveraineté alimentaire.
Ils devraient permettre un véritable développement agricole qui donne la priorité à la production alimentaire locale et à l'agroécologie.
Les entreprises qui prennent progressivement le contrôle des systèmes alimentaires ne parviennent à être « compétitives » que parce qu'elles sont largement subventionnées par l'argent public.
Il est largement connu que l'accord UE-MERCOSUR ne peut pas être ratifié de manière démocratique.