Lutte contre les sfratti à Turin (version page par page A5)
Infokiosques.net — Squat (rapport à l'habiter) 2011 SCORE 8/10
Document original ↗Synopsis
Ce document retrace la lutte contre les expulsions (sfratti) à Turin de 2011 à 2012, portée par des collectifs de personnes menacées d'expulsion et de compagnons solidaires. Plutôt que de suivre la voie réformiste des permanences juridiques et demandes de relogements sociaux, la lutte choisit l'autoorganisation directe : assemblées régulières dans les maisons occupées, piquets de résistance physique aux huissiers, occupations collectives. Le document analyse la chronologie de cette lutte — du premier refoulement d'huissier en janvier 2011 aux grandes journées de barricades (19 juin, 17 juillet, 18 septembre 2012) — et explore les tactiques deployées : piquets défensifs puis offensifs, coordination entre les sfrattandi, utilisation de l'occupation comme point d'ancrage politique. Il pose la question centrale : s'il est impossible que l'État resolve « le problème du logement » par une réforme, la seule perspective viable est de bâtir, progressivement, une capacité collective à se loger et à défendre ce droit sans médiation de l'État. Le texte distingue clairement entre la stratégie « légaliste » (avocats, négociations, délais) et la stratégie autonome (résistance directe, occupation, assemblée). Il reconnaît aussi les limites : comment maintenir une lutte en continu quand les personnes qui l'alimentent la quittent une fois logées ? Cependant, le document voit dans cette expérience turinoise un modèle, non à « reproduire » mais à faire circuler pour enrichir d'autres luttes. Les quartiers de Porta Palazzo et Barriera di Milano deviennent ainsi des lieux de fabrication d'une pratique politique : comment sortir collectivement d'une situation inextricable par la mise en commun des ressources matérielles (les maisons), des compétences et du courage face à l'appareil répressif.
En clair
C'est un carnet de tactiques pour occuper des maisons et les défendre ensemble contre les expulsions : assemblées, piquets, solidarité de quartier. Utile si tu veux savoir comment des gens sans ressources s'auto-organisent pour rester logés et que tu comptes sur personne d'autre qu'eux.
Extraits
Il n'est pas question là de demander des logements sociaux ou une réforme qui mettrait fin aux expulsions de logements, mais de s'opposer concrètement à ces expulsions, en s'organisant sans médiation et sans revendication.
La résistance qui se met en place à Porta Palazzo puis à Barriera di Milano en prend le contrepied. Pas de support juridique, pas de demande de relogement, et pas de prise en charge du problème par une tierce personne. La proposition est de résister ensemble : sfrattandi, ami-e-s et solidaires.
Au repas anti-sfratti, l'idée fait son chemin : il devient possible et envisageable pour beaucoup d'occuper à leur tour.
De fait, nous ne pensons pas que l'État soit en mesure de mettre fin au « problème du logement ».
Cette occupation est l'occasion de nombreuses rencontres et apporte un nouveau souffle à la lutte qui est désormais concrétisée par un lieu. Dès lors, c'est un dimanche sur deux qu'on s'y retrouve en assemblée pour résister aux sfratti.
Dans la mesure où les risques de récupération sont minces puisqu'il n'y a rien à proposer, et que cette lutte s'inscrit dans une continuité, il est possible de l'envisager avec des perspectives à long terme.
Alors qu'elle éprouve déjà des difficultés à s'autonomiser, le risque serait d'aboutir à une assemblée pérenne et immuable qui entrerait dans une sorte de routine.
S'il rencontre une résistance, l'huissier renvoie indéfiniment jusqu'à l'exécution du sfratto avec finalement une intervention massives des flics.
Une rencontre d'abord, en janvier 2011, avec une famille qui souhaite résister à son expulsion tout près de la place du marché de Porta Palazzo. Mais cette fois, tout ne se passe pas aussi simplement que prévu : le sfrattando est devant l'immeuble avec des ami-e-s et des solidaires. Alors l'huissier se voit contraint à renvoyer le sfratto à une autre date.
De plus, s'il n'y avait pas une recomposition permanente des modalités de lutte due aux changements de stratégie des flics, et donc liée à un calendrier imposé par eux, la cristallisation de sa forme pourrait en être une autre limite.