La Via Campesina's Open Book: Celebrating 20 Years of Struggle and Hope
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2013-05-17 SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
Cet article de Ricardo Jacobs se situe au cœur de la thématique veille : il analyse comment la souveraineté alimentaire, concept forgé par le mouvement transnational La Via Campesina depuis les années 1990, devient une arme radicale contre le capitalisme agraire global et l'accaparement des terres en Afrique. L'auteur pose d'abord le diagnostic : le capitalisme néolibéral entre en crise systémique, et le continent africain subit un « nouveau scramble » — un accaparement massif des terres, des eaux et des ressources biologiques qui détruit les moyens d'existence des paysans et des communautés. C'est une continuation historique de ce que Marx appelait « l'accumulation par dépossession ». Face à cela, Jacobs définit la souveraineté alimentaire non pas comme un concept management, mais comme un cadre radical de lutte : elle exige la démantèlement du système capitaliste agricole mondial, la reconnaissance de l'alimentation comme droit humain fondamental (non marchandise), et la transition vers une agroécologie paysanne de production locale. Mais le cœur du texte est politique : Jacobs insiste sur l'articulation indissociable entre souveraineté alimentaire et émancipation des femmes. Citant Thomas Sankara et La Via Campesina elle-même, il montre que le patriarcat n'est pas accessoire au capitalisme — il en est une architecture centrale, par laquelle on externalise sur les femmes et les ménages les coûts non payés de la reproduction. Sans émancipation des femmes, la souveraineté alimentaire est « un concept vide de sens ». Enfin, l'auteur soulève une tension cruciale : tandis que des mouvements africains adoptent la souveraineté alimentaire comme principe politique, d'autres organisations (comme SACAU) réintègrent dans leurs politiques des technologies qui contredisent ce cadre (OGM, par exemple). C'est une question de radicalité et de cohérence du mouvement en Afrique.
En clair
Ce texte explique que les grandes puissances (États, multinationales) pillent les terres africaines pour produire des cultures destinées au profit, pas à nourrir les populations. Des mouvements paysans à travers le monde, menés par La Via Campesina, défendent la « souveraineté alimentaire » : le droit des paysans à cultiver leurs propres terres pour se nourrir eux et leurs communautés, en utilisant des méthodes écologiques, sans intermédiaires ni spéculateurs. C'est aussi une lutte féministe, parce que les femmes paysannes font la majorité du travail agricole non payé mais n'ont aucun contrôle sur les terres.
Extraits
La souveraineté alimentaire est un cadre radical pour les luttes sociales visant le démantèlement du système agricole capitaliste mondial.
Les nouveaux mouvements pour la souveraineté alimentaire émergents, inspirés par le mouvement social agraire transnational La Via Campesina, résistent aujourd'hui aux accaparements de terres et aux remèdes proposés par l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA).
L'aspect le plus révolutionnaire de la définition de la souveraineté alimentaire formulée par La Via Campesina est que « la souveraineté alimentaire signifie mettre fin à la violence contre les femmes ».
Une grande part des coûts de reproduction, passés et présents, a été transférée vers les ménages et les communautés impliqués dans des activités non rémunérées (comme l'agriculture de subsistance et le travail ménager non rémunéré). En grande partie, ces coûts sont transférés vers les femmes.
La transformation du modèle industriel de l'agriculture ne peut avoir lieu sans mettre fin au capitalisme et sans la transformation plus large à l'échelle locale, nationale, régionale et mondiale.
la souveraineté alimentaire signifie le contrôle et l'accès aux terres, à l'eau et aux bio-ressources, en particulier par les femmes travailleuses et les paysannes.