Bulletin Nyéléni n° 28 – Agroécologie
Nyéléni — documents finaux 2017-05-21 SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
Ce document est la déclaration politique du Forum International d'Agroécologie de Nyéléni 2015, présenté par la Via Campesina et Friends of the Earth International. Il établit une distinction fondamentale entre deux conceptions de l'agroécologie : une version technicienne, adoptée par les institutions mainstream (FAO, gouvernements, agribusiness) pour adapter l'agriculture industrielle sans modifier les rapports de pouvoir ; et une version politique, portée par les mouvements sociaux, qui vise la transformation radicale des structures de propriété, la reconquête des territoires et la souveraineté alimentaire. Le texte affirme que l'agroécologie paysanne repose sur quatre piliers : l'écologie (cycles biologiques, refus des intrants chimiques), le territoire (droit des communautés à leur terre, reconnaissance des systèmes coutumiers), les droits collectifs et l'accès à la propriété commune, et la diversité des savoirs locaux. Il souligne l'importance des femmes, des jeunes et des mouvements autochtones. Le document critique aussi le « capitalisme vert » qui cherche à intégrer les pratiques agroécologiques paysannes dans les circuits mondiaux d'accumulation capitaliste (commodification des semences, crédits carbone, REDD+, marché de l'organique industriel). Enfin, il plaide pour l'autonomie agroécologique, l'organisation collective et la solidarité rural-urbain comme refus d'un système alimentaire basé sur la maximisation du profit.
En clair
Ce texte explique pourquoi quand la FAO dit « agroécologie », c'est pas du tout la même chose que quand une organisation paysanne le dit — les paysans se battent pour reprendre le contrôle de leur terre, les semences, et la nourriture, pendant que les grandes organisations veulent juste faire l'agriculture industrielle un peu plus verte. Le texte montre aussi que les femmes et les jeunes sont clé dans cette bataille, et que c'est une lutte contre un système qui met l'argent avant la vie.
Extraits
Leur agroécologie n'est que technique, la nôtre est politique.
L'agroécologie signifie que nous nous tenons ensemble dans le cycle de la vie, et cela signifie aussi que nous devons nous tenir ensemble dans la lutte contre l'accaparement des terres.
Les droits collectifs et l'accès à la propriété commune constituent un pilier fondamental de l'agroécologie.
Le territoire est un pilier fondamental de l'agroécologie. Les communautés ont le droit d'entretenir une relation avec leur terre sur les plans spirituel et matériel… la reconnaissance complète du droit, des traditions, des coutumes, des systèmes fonciers.
Nous voyons l'agroécologie comme une forme principale de résistance contre le système économique qui place le profit au-dessus de la vie.
L'agroécologie est politique ; elle nous oblige à confronter et transformer les structures de pouvoir dans la société. Nous devons placer le contrôle des semences, de la biodiversité, des terres et du territoire, de l'eau, du savoir, de la culture et des droits publics entre les mains des communautés.
Le capitalisme vert a 'découvert' l'agroécologie comme un moyen d'intégrer l'agriculture des petits paysans, le territoire et les pratiques agroécologiques dans les circuits d'accumulation mondiale.
Notre diversité dans la production alimentaire à petite échelle basée sur l'agroécologie génère des connaissances locales, promeut la justice sociale, préserve l'identité et la culture, et renforce la viabilité économique des régions rurales.
Les véritables solutions ne viendront pas en adaptant le modèle industriel. Nous devons le transformer et construire nos propres systèmes alimentaires locaux.