ECVC Youth: Navigating Dreams & Precarity
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2022-11-16 Adobe PDF Library 17.0 SCORE 6/10
Document original ↗Synopsis
Ce rapport du Youth Articulation of the European Coordination of Via Campesina (ECVC) documente les conditions de travail et d'apprentissage de jeunes travailleur·ses agricoles en Europe, basé sur 21 entretiens approfondis conduits entre février et juin 2022 dans 12 pays différents. Le document révèle une tension centrale au cœur de la transformation agroécologique : les jeunes sont motivé·es par la construction d'une agriculture organique et agroécologique, portant un projet explicite de « food systems that are socially and ecologically just » qui refuse de faire de l'agriculture européenne un secteur « competitive and profitable ». Or ces jeunes apprenti·es paysann·es apprennent dans des conditions profondément précaires — sans ou avec un salaire réduit, sans logement adéquat, sans soutien institutionnel. Beaucoup travaillent sans rémunération par solidarité envers des paysan·nes en difficulté financière et émotionnelle, espérant en échange acquérir les compétences pour construire « a different agricultural future ». Le rapport soulève des questions politiques cruciales : comment cette solidarité peut-elle être visible et reconnue ? Comment améliorer les compensations financières ou en nature ? Comment créer des conditions égales pour les jeunes selon leur classe, genre et race ? Au-delà des enjeux individuels, le document pointe une crise générationnelle : « the failure to provide a decent income for farmers jeopardizes the training of future peasant farmers ». L'apprentissage et le travail ne peuvent être séparé·es, et l'adoption du travail par les jeunes comme vecteur de transmission de savoirs agroécologiques ne peut pas reposer indéfiniment sur l'exploitation précaire et la bonne volonté. Les participant·es (majoritairement d'origine urbaine, classe moyenne, et blanc·ches, avec diplômes universitaires) travaillent sur des fermes diversifiées — en CSA, fermes mixtes, agroforesterie, production laitière — ou dans des dispositifs de volontariat international (WWOOFing, Workaway). Certain·es visent à devenir paysan·nes installé·es, d'autres cherchent simplement à vivre du travail de la terre. Le rapport, centré sur ce qui touche à la paysannerie, l'agroécologie politique et la justice alimentaire, constitue une source empirique rare sur les contradictions vécues du renouvellement générationnel paysan en Europe.
En clair
Le rapport montre que les jeunes voulant devenir paysans agroécologiques en Europe travaillent dans des conditions très précaires (mal payé·es, mal logé·es), ce qui risque de tuer le renouvellement générationnel des fermes. Il pose la question : comment construire une agriculture écologiquement et socialement juste si les jeunes qui la portent ne peuvent pas vivre de ce travail ?
Extraits
Les paysans et les jeunes travailleurs agricoles sont deux facettes de la même réalité. L'incapacité à assurer un revenu décent aux agriculteurs compromet la formation des futurs paysans.
Les jeunes travailleurs agricoles apprennent l'agriculture biologique et agroécologique dans des conditions très difficiles, y compris l'absence de salaire ou des salaires réduits, et un logement, une nourriture et un soutien inadéquats.
Comme l'affirme la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP), les jeunes travailleurs agricoles ont droit à des conditions de travail sûres et saines, à des opportunités d'emploi et à un niveau de vie adéquat.
Travailler et apprendre ne peuvent pas être séparés. La création d'espaces d'apprentissage adéquats devrait être mieux soutenue dans tous les types d'arrangements de travail, y compris le bénévolat et le travail rémunéré.
Nous ne visons pas à rendre l'agriculture européenne compétitive et rentable, mais à assurer l'approvisionnement alimentaire par des systèmes alimentaires qui sont socialement et écologiquement justes.
J'ai réalisé que [...] la meilleure façon pour moi d'avoir de l'agentivité, où je me sentirais le plus acteur, est d'être paysan.
La décision de travailler la terre est ainsi considérée à la fois comme un remède contre l'aliénation et comme un choix d'activiste.
Je n'ai pas choisi de travailler la terre, j'y ai été forcé. (...) Nous survivons simplement. Nous vivons d'un salaire de subsistance. C'est pour cela que j'ai toujours détesté être paysan.