Plantons le thym, la montagne fleurira
Infokiosques.net — Paysannerie & ruralité 2015-05-30 SCORE 5/10
Document original ↗Synopsis
Ce recueil documentaire se concentre sur l'insurrection provençale de décembre 1851, un moment clé d'où émerge la paysannerie comme force politique organisée et pensante. Le texte ouvre avec la préface du roman historique de Frédéric Arnaud « La Provence insurgée », qui reconstitue un soulèvement massif : dans les Basses-Alpes, « pas une commune n'a manqué », avec une quasi-mobilisation générale d'hommes valides en armes. Trois batailles rangées ont lieu — notamment à Crest, Aups et Les Mées — mobilisant des dizaines de milliers de combattants face aux troupes du coup d'État de Louis-Napoléon. Un gouvernement provisoire s'installe à Digne et légifère, préfigurant la Commune de Paris de vingt ans. La répression qui suit est « féroce » : exécutions, confiscation des domaines, déportations en Algérie et Cayenne, des milliers d'emprisonnements laissent des villages entiers « réduits à la misère ». Le document attribue l'oubli de cet événement majeur à trois facteurs : la centralité parisienne de l'histoire officielle française, qui écrase tout événement provincial ; la méfiance conjointe de la droite et de la gauche envers des « paysans socialistes » taxés de « partageux » et de « brutes » ; et la passivité de la gauche française face au mépris des élites pour l'auto-organisation paysanne. Le dialogue final entre le narrateur et le journaliste Mazaud soulève une critique implicite du dogme marxiste : Marx avait prédit la révolution communiste en pays industrialisés avancés, or c'est dans la Russie de millions de moujiks et la Chine de centaines de millions de paysans que se réalisèrent les révolutions du XXe siècle. Les paysans provençaux de 1851 apparaissent ainsi comme porteurs d'une pensée socialiste autonome, organisée localement, antérieure et alternative aux modèles urbains et venant de la base. Le texte constitue une réhabilitation historique des paysans comme acteurs politiques dotés d'idées et de capacités d'auto-gouvernement — critique implicite du réductionnisme qui ne voyait l'histoire que par le prisme des villes et des prolétaires urbains.
En clair
En 1851, des dizaines de milliers de paysans provençaux se sont révoltés armés contre un coup d'État, en se donnant leur propre gouvernement — mais l'histoire officielle a oublié cet événement parce que Paris ne voyait que ce qui se passait à Paris. Ce que tu dois en retirer : les paysans ont toujours eu leurs propres idées politiques et leurs capacités à s'organiser collectivement, c'est pas juste une invention des ouvriers urbains.
Extraits
Dans ce département pas une commune n'a manqué. Dans certaines tous les hommes et les jeunes valides ont pris les armes.
un gouvernement communal révolutionnaire qui légifère vingt ans avant la Commune de Paris
des domaines confisqués, des villages entiers réduits à la misère par la répression
trois véritables batailles rangées mobilisant plusieurs dizaines de milliers d'hommes en armes