Un bien commun amazighe face à l’urbanisation et à la mondialisation : le cas de la Targa de Tiznit

HAL — communs fonciers 2018-08-28 SCORE 8/10

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Synopsis

Cet article étudie la persistance et la résilience d'un bien commun foncier amazighe au Maroc à travers l'exemple de la Targa de Tiznit, une source d'eau et son périmètre irrigué. La société amazighe historiquement fondée sur des biens communs (eau, pâturages, pêcheries) gérés collectivement par des assemblées coutumières a subi deux chocs majeurs : la colonisation violente qui a remis en question les institutions traditionnelles, puis la croissance démographique exponentielle du Maroc (passé de 15 à 34 millions d'habitants en 50 ans). Le pays a ainsi basculé dans une logique capitaliste binaire où seuls le marché (privatisation) ou l'État (étatisation) sont reconnus comme crédibles pour gérer les ressources rares. Pourtant, à Tiznit, le bien commun subsiste — malgré l'urbanisation galopante (4 588 habitants en 1926 à 74 000 en 2014). La Targa fonctionne selon un régime amazighe pluriséculaire : une source, un périmètre irrigué divisé en deux zones agricoles (oliviers ; céréales et maraîchage), une assemblée (jamaa) de propriétaires historiques avec gardiens et aiguadier, et une charte écrite (orf) datée de 1861 régulant usages et sanctions. Ce système repose sur une « démocratie collective fondée sur le consensus entre les chefs des familles », radicalement distinct de la démocratie libérale importée. La résilience est directement liée à la mobilisation constante du collectif et à son réactivation depuis 2003 avec l'appui municipal. Mais trois menaces pèsent : la dépendance fragile à la « bienveillance des institutions politiques nationales » ; l'intégration dans les « nouvelles organisations associatives » où le « ancien principe de la démocratie collective apparaît comme marginal » ; enfin, les menaces internes (prédation, manipulation). Le texte enrichit la compréhension des communs africains : ni disparus contrairement au scénario catastrophe de Hardin, ni simplement « revenant en force » à l'européenne, mais résilients, réactivés par des collectifs marginalisés, demeurant profondément vulnérables aux transformations urbaines et institutionnelles.

En clair

À Tiznit au Maroc, une source d'eau partagée depuis 500 ans continue de fonctionner en commun dirigée par une assemblée locale, malgré l'urbanisation galopante et les tentatives de l'État de la contrôler. Ce texte montre que des paysans amazighes ont refusé la privatisation/nationalisation imposée par la colonisation et réactivent leurs propres institutions pour conserver le contrôle de leurs terres et de leur eau — enseignement utile pour les luttes contemporaines pour l'accès à la terre.

Extraits

La société amazighe s'est constituée autour de biens communs fonciers mis à mal par la colonisation puis la forte croissance démographique

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la persistance historique d'un bien commun foncier (eau à vocation agricole) sera questionnée du fait de la mobilisation constante du collectif de propriétaires historiques

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une démocratie collective fondée sur une structure patriarcale de consensus

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L'eau d'irrigation est donc érigée en un bien commun foncier : une ressource clairement délimitée, un collectif d'usagers et un mode de gouvernance dédié

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le bien commun foncier ne peut se perpétuer que grâce à la bienveillance des institutions politiques nationales

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les collectifs historiques bien que marginalisés n'ont pas disparus et restent mobilisés autour de ressources dont ils considèrent avoir été injustement dépossédés

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Cette dernière détermine tous les usages de la source et les responsabilités de chacun dans le périmètre irrigué en détaillant l'ensemble des infractions et des sanctions

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il est aussi menacé de l'intérieur par des dynamiques de prédation ou de manipulation

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Nous ne traiterons pas ici du retour des communs tel qu'il est présenté dans la littérature européenne

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