Govern land as a global commons
discovery_promoted 2017-05-26 SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
Cet article de Felix Creutzig, publié dans Nature en 2017, propose de reconceptualiser la terre comme « bien commun global » analogue à l'atmosphère, l'Antarctique ou les hautes mers. Le diagnostic : deux-tiers de la terre sans glace sont déjà utilisés (agriculture, établissements, forêts) ; d'ici 2050, il faudra deux fois plus de terre productive qu'il n'en existe disponible. Parallèlement, les terres sont massivement commercialisées : depuis 2000, le Royaume-Uni et la Chine ont acheté en Afrique une surface égale à l'Allemagne. Pourtant, contrairement à l'air, à l'eau et à la glace qui font l'objet de traités internationaux depuis 30 ans, la terre n'a aucune gouvernance mondiale. L'Union européenne (Politique agricole commune) reste une exception, lacunaire.
Creutzig ancre sa proposition dans la Déclaration universelle des droits humains : tout être humain a droit à un niveau de vie adéquat (nourriture, abri, médicaments), tous issus de la terre. Exclure des gens de ces services constitue une violation de droits fondamentaux. Il s'appuie sur la philosophie politique (Risse, Sreenivasan) défendant une « propriété collective de la Terre » : elle serait possible via taxation foncière ou redistribution des profits, en redéfinissant la propriété privée comme « intendance » plutôt qu'exploitation exclusive.
L'article propose de s'inspirer de succès locaux : tenure communale des alpages suisses, gestion partagée des canaux par la communauté Zanjera (Philippines), urbanisme stratégique à Curitiba (Brésil), taxation foncière à Singapour et Tokyo. Creutzig invoque Elinor Ostrom et ses 8 principes de gestion des communs locaux (délimitation claire du groupe, règles adaptées, droit de contestation, sanctions) comme base d'une gouvernance globale. Les instruments proposés incluent limitation temporelle des droits (modèle chinois : 40-70 ans), taxation par superficie (incite la productivité, préserve biodiversité), redistribution par fonds permanents (modèle Fonds permanent de l'Alaska).
Limite majeure : l'article ignore les acteurs réels des luttes foncières (paysannerie, sans-terre, mouvements autochtones, agroécologie politique). C'est une proposition théorique-institutionnelle d'un scientifique climat, sans prise sur les résistances concrètes ni les structures d'alternative (fiducies foncières, coopératives, etc.).
En clair
Cet article dit : la terre est de plus en plus rare et chère ; au lieu de la laisser devenir une marchandise pour les puissants, il faut la traiter comme l'air ou l'océan — sous protection mondiale, avec taxes sur les gros propriétaires, pour garantir à tous le droit à manger et se loger. Comment ? En s'inspirant des exemples qui marchent depuis longtemps : en Suisse, des communautés gèrent ensemble leurs prés ; aux Philippines, une communauté gère l'eau ensemble. Ces idées, on pourrait les appliquer au monde entier.
Extraits
J'affirme que la terre doit être considérée comme un bien commun mondial — conceptuellement par les chercheurs et légalement par la communauté internationale.
Exclure les gens des biens et services élémentaires que fournit la terre, comme l'alimentation et le logement, viole la Déclaration universelle des droits de l'homme.