De l’intérêt de la Convention de Faro pour protéger et développer les communs fonciers
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Document original ↗Synopsis
Cet entretien avec Prosper Wanner raconte comment la Convention de Faro (2005), texte européen sur le patrimoine culturel peu signé par les États, a été repris par la société civile comme levier d'une démocratie participative réelle et d'une transformation des rapports habitants-institutions. Wanner, ancien acteur de l'économie solidaire alternative (AMAP, coopératives), a collaboré avec la conservatrice Christine Breton pour appliquer à Marseille une approche où le patrimoine n'est plus objet d'experts mais ressource collective dont les habitants sont responsables. Entre 2009 et 2013, des maires d'arrondissement ont signé la Convention, créant commissions patrimoines et projet « Hôtel du Nord » : coopérative d'habitants avec cinquante chambres chez l'habitant, cinquante récits et itinéraires dans les quartiers nord. En douze ans, les quartiers autrefois « déconseillés » sont entrés sur la carte touristique. Wanner établit explicitement le pont avec les communs fonciers : patrimoine partagé = questions de propriété d'usage, partage, donc communs. La diversité des récits et attachements devient ciment communautaire réel. Les obstacles majeurs : secteur touristique structuré par spéculation, plateformes numériques, codes qui n'autorisent pas la vraie rencontre. D'où création de la coopérative « Les oiseaux de passage » (2016) pour explorer une hospitalité différente. Faro a failli être abandonné par le Conseil de l'Europe ; la pression de la base (Marseille, Venise, Vitrolles, Oran) a décidé le Conseil à continuer mais en créant un réseau européen incluant la société civile. Réseau francophone lancé en 2024. Le modèle : patrimoine collectif, coopération locale, communs fonciers comme leviers d'anti-spéculation et de démocratie participative.
En clair
Ce texte montre comment des habitants ordinaires peuvent reprendre le contrôle de leur quartier en décidant ensemble ce qu'il veut en faire — ici, vivre du tourisme chez soi en tant que coopérative. Leçon : quand on gère un patrimoine ensemble (terre, maison, quartier), c'est comme gérer une terre commune — faut s'entendre, partager, se protéger contre ceux qui veulent juste en faire du profit.
Extraits
J'ai contribué à créer à Marseille l'Agence provençale d'économie alternative et solidaire, puis j'ai participé à des coopératives.
L'exercice du droit au patrimoine est la possibilité pour les personnes, seules ou en groupe, de mettre en valeur les patrimoines et matrimoines auxquels elles sont attachées en les reconnaissant, en les étudiant, en les interprétant, en les protégeant, en les conservant et en les valorisant.
Si le patrimoine devient une ressource pour la société, se posent des questions de propriété d'usage, de partage, donc de communs.
En quoi la mise en récit des communs fonciers peut être un moyen d'agréger davantage la communauté, villageoise ou plus citadine, qui s'implique au quotidien pour protéger son environnement ?
L'importance de la dimension de coopération, de droit, de liberté et de responsabilité.
Des collectifs d'habitants auxquels j'ai participé dès 2008, dans leur lutte contre la spéculation touristique.
Au moment de l'émergence de ce qu'on appelle l'économie alternative et solidaire. C'était le début du montage des AMAP (associations pour le maintien de l'agriculture paysanne), des filières bio, de tout ce qui était dans le champ de l'économie solidaire.
Le patrimoine a cette force de générer des attachements ; attachements qui peuvent être conflictuels, parfois. On peut être attaché à un même ruisseau avec des enjeux différents, symboliques, politiques, économiques.
Comment aujourd'hui peut-on respecter cette diversité des récits et faire communauté ?