The Agricultural Collectives of Aragon

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Synopsis

Ce texte est le témoignage direct de Felix Carrasquer, syndicaliste libertaire (CNT), sur l'expérience des collectifs agricoles d'Aragon pendant la Guerre civile espagnole (1936-1938). Entre juillet 1936 et 1938, environ 300 000 paysans et paysannes se sont organisés en collectifs autogérés couvrant une trentaine de villages regroupés en douze « comarca » (petites régions). Le processus de collectivisation s'est fait sans coercition : après des réunions publiques expliquant les principes (abolition des classes, égalité, fraternité), environ 75 % des villageois adhéraient volontairement, tandis que 25 % restaient en tant que « indépendants » (petits propriétaires exploitant seuls). Les terres collectivisées provenaient à la fois des propriétés paysannes existantes et des terres confisquées aux fascistes. Le modèle reposait sur trois piliers : (1) l'assemblée générale villageoise (« asamblea ») comme unique autorité, prenant toutes les décisions par consensus ; (2) les coopératives comme noyau économique, contrôlant l'accès aux intrants, le stockage et la distribution ; (3) l'entraide inter-villageoise (partage de main-d'œuvre, d'équipement, construction d'infrastructures communes : hôpitaux, routes, électricité). Carrasquer insiste sur l'absence d'autorité centrale et la nature radicalement démocratique du système : « nous avons vécu dix-neuf à vingt mois sans autorité, sans propriété et sans bureaucratie ». Sur le plan économique, la production était ajustée aux besoins réels (« production pour la consommation ») ; en temps de paix, aurait permis moins d'heures de travail. La stabilité des prix (la poule et le pain valaient autant en 1938 qu'en 1936, contrairement à la Catalogne où l'inflation explosait) montre l'efficacité du contrôle coopératif. Ce récit historique offre un exemple concret et documenté d'une autogestion territoriale de grande échelle fondée sur les communs fonciers, les coopératives et la démocratie directe, sans hiérarchie ni marché.

En clair

Pendant trois ans (1936-1938), 300 000 paysans espagnols ont géré en commun leurs terres, leurs récoltes et leurs villages sans propriétaires, sans patrons, sans bureaucrates — juste des assemblées locales qui décidaient tout ensemble. C'est un exemple historique réel de comment l'agriculture et la vie rurale peuvent s'organiser collectivement sans État ni marché.

Extraits

il existait déjà des champs communaux dans les villages qui étaient cultivés en commun, ainsi que des pâturages communs…

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avec la terre des collectivistes dans ce village et dans tous les villages d'Aragon, ainsi qu'avec les terres saisies sur les fuites…

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absolument tout était discuté et décidé à l'« asamblea », c'est-à-dire l'assemblée générale avec tous les membres du collectif…

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nous avons vécu environ dix-neuf à vingt mois (selon les villages) sans autorité, sans propriété et…

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Le nœud, l'élément de base, le gouvernail de l'ordre économique étaient les coopératives. Dans chaque village ou en tout cas…

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Les gens dans chaque village étaient ainsi totalement maîtres de leur propre maison. En gros, tout était spontané, réel…

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Nous nous sommes organisés, avons produit pour la consommation, selon les besoins qui existaient.

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l'abolition des classes au profit de l'égalité et de la fraternité entre tous…

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Cette coopérative contrôlait l'économie, aussi bien celle des collectifs que celle des indépendants. Cela signifie que les indépendants…

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