La femme de ménage face aux inégalités socio-foncières à l'ouest de la Côte d'Ivoire : le défi de l'autosuffisance alimentaire contrarié par les pratiques foncières endogènes
HAL — paysannerie / agriculture vivrière 2026-08-19 SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
Ce document de recherche ethnographique, issu d'un colloque international en hommage au Professeur Albert Tingbé Azalou (Bénin, 2024), examine les obstacles fonciers auxquels font face les femmes rurales de l'ouest de la Côte d'Ivoire dans leur quête d'autosuffisance alimentaire. Les auteurs Kouassi et Assah (Université Alassane Ouattara) montrent comment les pratiques foncières coutumières — régies par des normes sociales longtemps établies — réservent la terre aux hommes et aux élites locales, reléguant les femmes à des parcelles marginales et peu productives. Bien que les femmes assurent la production vivrière d'autoconsommation et la sécurité alimentaire du ménage, elles n'ont ni contrôle ni maîtrise des ressources foncières, demeurant des « cadettes sociales » cantonnées au statut de main-d'œuvre sur les plantations masculines (cacao, hévéa, café). L'étude qualitative, menée dans le département de Guiglo via ethnographie des droits d'usage et entretiens avec femmes, chefs de ménage et autorités coutumières, montre que l'expansion historique des cultures de rente a accéléré la marchandisation et l'individualisation des terres, créant une pression foncière qui restreint davantage l'accès des femmes. Migration de populations (Baoulé, Sénoufo, Malinké, Mali, Haute-Volta) et saturation foncière aggravent le tableau. Le document soulève ainsi un enjeu central du développement durable en Afrique de l'Ouest : comment concilier équité foncière de genre et sécurité alimentaire des ménages dans un contexte où les normes coutumières entrent en tension avec les Objectifs de Développement Durable appelant à l'équité et l'égalité des chances.
En clair
En Côte d'Ivoire, les coutumes disent que la terre appartient aux hommes. Les femmes doivent cultiver la nourriture pour nourrir la famille, mais elles n'ont accès qu'à des petits bouts de terre que le mari ou le père leur autorisent — c'est précaire et pas assez productif pour bien nourrir tout le monde.
Extraits
les femmes, malgré leur rôle crucial dans la production alimentaire, sont restreintes dans leurs droits et contraintes de travailler sur des parcelles marginales et moins productives
les pratiques foncières endogènes, dictées par les normes coutumières, favorisent principalement les hommes et les élites locales, limitant ainsi l'accès des femmes aux terres favorables à l'agriculture vivrière
La terre est considérée avant tout comme un domaine familial dont la gestion revient exclusivement du ressort de l'homme
Tandis que la femme intervient généralement dans les plantations masculines en tant que main-d'œuvre et en assure la réalisation d'activités de production pour la sécurité alimentaire du ménage
l'essor de l'agriculture de rente, notamment le cacao, le café et l'hévéa ont fortement impacté ce système traditionnel de gestion foncière
Ces cultures ont par exemple accéléré le processus de marchandisation et d'individualisation des terres, tout en entraînant une pression foncière qui contribue à réduire extrêmement l'accès de la femme au foncier agricole
la coutume n'a pas cessé d'organiser et de régir le mode de fonctionnement des systèmes fonciers malgré l'avènement du droit étatique moderne
leurs productions vivrières proviennent généralement des parcelles négociées auprès de leur époux ou octroyées par leur père ou les hommes de sa famille
Dans ce jeu d'intérêt où les femmes sont d'office moins fortes parce qu'elles ont généralement moins de pouvoir politique et moins de réseaux pour faire avancer leurs intérêts, leur production agricole demeure faible