Zainal intervention – UN Human Rights Council Side event on multiple crises
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2023-03-17 SCORE 6/10
Document original ↗Synopsis
Ce discours de Zainal Arifin Fuat (La Via Campesina) au Conseil des droits de l'homme de l'ONU offre un diagnostic et un plaidoyer sur la crise alimentaire mondiale. L'orateur refuse la narration d'une « pénurie de nourriture » pour pointer la domination des grandes entreprises sur les marchés financiers et de distribution. La crise découle de la dépendance créée par la priorité donnée aux importations-exportations, convertissant l'alimentation en marché hautement spéculatif. Ce système s'inscrit dans une accumulation plus large : crises économique structurelle, environnementale (paradigme extractiviste), pandémie, conflits géopolitiques, tous approfondissant les inégalités.
La Via Campesina situe les paysans et travailleurs ruraux comme observateurs et acteurs clés de ces crises quotidiennes. Le texte dénonce le démantèlement des politiques publiques régulant la distribution (stocks publics, contrôle de marché) au cours de la dernière décennie, conséquence de la mondialisation néolibérale et de la montée de l'agro-industrie.
En réponse, le mouvement propose d'abord des actions immédiates : coordination multilatérale entre gouvernements, investissement accru en recherche agronomique en agroécologie, aide financière et technique aux paysans, création de systèmes de protection sociale. Mais la transformation systémique repose sur trois piliers : (1) la « food sovereignty », (2) les systèmes alimentaires locaux et régionaux réduisant la dépendance aux importations, et (3) la reconnaissance explicite des droits d'accès à la terre, des droits collectifs aux semences, et des ressources naturelles comme « commun ».
Central au plaidoyer : l'UNDROP (Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et autres travailleurs ruraux), proposé comme cadre normatif et politique pour cette réorientation. La Via Campesina demande la création d'une « procédure spéciale ONU » dédiée à sa mise en œuvre, qui servirait d'espace de discussion et d'échange de pratiques.
Remarquablement, le mouvement place au centre de la solution non seulement les paysans, mais aussi les peuples autochtones, les petits et moyens producteurs, les pêcheurs, les ouvriers agricoles, les pasteurs et les apiculteurs. Cette énumération révèle à la fois la composition sociale revendiquée du mouvement et son ancrage volontaire dans la diversité des mondes ruraux et de la subsistance. Le ton final privilégie l'affirmation de pouvoir (« we feed our peoples ») face à l'assignation charitable, positionnant La Via Campesina comme porteur d'une solution civilisationnelle, non comme demandeur.
En clair
Ce texte explique que la famine mondiale ne vient pas du manque de nourriture, mais du contrôle des grandes entreprises sur le marché alimentaire. La solution : donner le pouvoir aux paysans pour produire localement en agroécologie, avec accès garanti à la terre et aux semences.
Un paysan pourrait l'utiliser pour renforcer son plaidoyer auprès d'un gouvernement ou dans une négociation avec des institutions : c'est un diagnostic ONU qui fait autorité, montrant que la crise alimentaire est un problème politique (pouvoir, propriété, marché), pas un problème technique ou agricole.
Extraits
Le problème n'est pas une pénurie alimentaire mais le fait que les grandes entreprises dominent le marché financier et de distribution mondial, transformant le commerce alimentaire et agricole en un marché hautement spéculatif.
La Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP) présente une opportunité de dénoncer l'épuisement du modèle de production basé sur le paquet technologique et de présenter les paysans et les autres personnes travaillant dans les zones rurales comme l'alternative pour le présent et l'avenir.
Par exemple, il y a un besoin urgent d'accroître les investissements en recherche et développement agricoles pour augmenter les rendements dans le cadre de l'agroécologie / agriculture durable ou de l'agriculture paysanne, en préservant les droits et l'accès à la terre et aux biens communs (ressources naturelles), le droit aux semences.
Nous devons aussi placer les petits et moyens producteurs, les paysans, les peuples autochtones, les pêcheurs, les travailleurs agricoles, les pasteurs, les apiculteurs, au centre de ce projet pour sauver l'humanité.
Nous devons soutenir la création de systèmes alimentaires locaux et régionaux qui diminuent la dépendance aux importations et renforcent la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire.
Nous alimentons nos peuples et construisons le mouvement pour changer le monde.
Pour construire des sociétés meilleures et socialement justes, afin d'affronter les multiples crises actuelles, nous avons urgemment besoin d'un changement transformateur passant de systèmes destructeurs et motivés par le profit à des systèmes centrés sur les personnes qui fonctionnent en harmonie avec la nature.
La constitution stratégique de réserves publiques et l'entreposage, le contrôle réglementaire des stocks, la régulation du marché et d'autres politiques publiques nécessaires sont indispensables pour résoudre ces problèmes.