Nyeleni_Newsletter_Num_24_EN
La Vía Campesina — publications (WP REST) 2015-12-16 Adobe PDF Library 9.9 SCORE 9/10
Document original ↗Synopsis
Ce numéro 24 de la Nyéléni Newsletter (décembre 2015), édité par Shalmali Guttal du Focus on the Global South, pose la question centrale des communs fonciers et de leur rôle pour la souveraineté alimentaire mondiale. Le point de départ est empirique : 75% des pauvres du monde vivent en zones rurales des pays en développement, la plupart survivant par l'agriculture de subsistance, la pêche artisanale et l'élevage nomade, beaucoup étant sans-terre. Le document articule une vision écosystémique intégrée des communs : forêts, pâturages, cours d'eau, océans et littoraux ne sont pas de simples ressources, mais des « formes de richesse, capacités, espaces et ressources utilisées, gérées et gouvernées collectivement pour le bénéfice de beaucoup ». Cette gouvernance collective s'enracine dans des pratiques millénaires des peuples autochtones et paysans : droits différenciés des familles à cultiver certaines parcelles, respect des itinéraires migratoires des pasteurs, conservation collective des semences. Fait politique majeur : les femmes jouent un rôle disproportionné en tant que conservatrices de semences et « bibliothèques vivantes de savoirs sur la biodiversité locale ». Les communs sont présentés comme intégraux à la souveraineté alimentaire, fournissant nourriture, médicaments, revenus, et structurant l'identité culturelle et spirituelle des peuples autochtones. La menace est explicite : conversion des paysages naturels en agriculture industrielle, monopolisation de l'eau douce, accaparement foncier par investisseurs et corporations, exacerbés par le changement climatique. Le document positionne la protection et régénération des communs comme « une forme directe de résistance à la marchandisation et financiarisation de la nature, et aux marchés capitalistes ». C'est un manifeste politique articulant une critique radicale de la propriété privée capitaliste et une proposition matérielle : les communs fonciers sont les fondations concrètes de la souveraineté alimentaire mondiale.
En clair
Ce texte explique pourquoi les forêts, les terres partagées et les océans qu'on gère ensemble depuis des millénaires sont vitaux pour bien manger et vivre dignement. Il montre que les entreprises et les riches s'accaparent ces espaces pour faire du profit, ce qui affame les gens et détruit la nature. Défendre ces communs, c'est résister concrètement à ce vol et à cette destruction.
Extraits
Environ 75 pour cent des pauvres du monde vivent dans des zones rurales des pays en développement. La plupart survivent grâce à l'agriculture de subsistance, à la pêche artisanale et/ou à l'élevage nomade, et beaucoup sont sans terre
Les forêts, champs, pentes de collines/montagnes, zones humides et masses d'eau — qui incluent rivières, ruisseaux, étangs, lacs et mers — sont intégrales aux vies, cultures et économies des communautés rurales du monde entier.
Les biens communs désignent des formes de richesse, de capacités, d'espaces et de ressources qui sont utilisés, gérés et gouvernés collectivement pour le bénéfice de nombreux. Ceux-ci peuvent inclure les terres agricoles, les zones humides, les forêts, les pâturages, les pentes de collines, les ruisseaux, les rivières, les lacs, les mers, les littoraux et les ressources associées.
Les biens communs sont souvent déterminés culturellement, et de nombreuses communautés considèrent les semences, les aliments sauvages et les herbes, le poisson, les animaux et les connaissances traditionnelles comme des biens communs.
Les biens communs sont intégrals à la souveraineté alimentaire.
La protection et la régénération des environnements naturels divers et des façons de manger et de vivre en harmonie avec ces environnements sont des éléments essentiels de la souveraineté alimentaire. Tout aussi important, ils constituent une forme directe de résistance à la marchandisation et à la financiarisation de la nature, et aux marchés capitalistes.
En tant que conservatrices de semences et bibliothèques vivantes de connaissances sur la biodiversité locale et les systèmes alimentaires, les femmes sont souvent plus étroitement liées aux biens communs que les hommes.
Particulièrement affectés sont les droits des peuples autochtones de contrôler, d'utiliser, d'administrer et de préserver les territoires ancestraux.
Les peuples autochtones ont vécu en harmonie avec la Mère Terre pendant des milliers d'années — dépendant d'elle pour notre nourriture, abri et médicaments — ce qui nous rend partie d'elle et non son maître.
On ne vend pas la terre sur laquelle le peuple marche